Le podologue, un témoin privilégié

Depuis une vingtaine d’années, le podologue s’est fortement impliqué dans le monde du sport. À l’origine, l’utilisation de techniques et de matériaux issus de la podologie classique ouvrait la voie à une « podologie appliquée aux sports ». L’évolution des examens tels que l’analyse statique posturale ou l’examen dynamique, ainsi qu’un large choix de techniques ont permis d’exercer une « podologie du sport » spécifiquement adaptée aux besoins du sportif. Examens, orthèses, soins, conseils font aujourd’hui, du podologue, un acteur incontournable de l’encadrement du sportif.

Par l’association des podologues du sport

 

Lorsqu’un podologue se trouve face à un sportif, une multitude de questions se présentent à lui. Elles doivent nous aider, professionnels, à mieux cibler l’athlète et son adaptation à un sport en particulier. Différents chemins s’offrent à nous pour y répondre. Les connaissances sur l’équilibre, le mouvement, la posture, la biomécanique, la cinématique sont indispensables. Toutefois, il faut garder une place pour l’imprévu, c’est-à-dire pour tout ce qui fait qu’un sportif ne ressemble à aucun autre sportif : son unicité. En perpétuel mouvement adaptatif, souvent à la limite de ses capacités, le sportif est capable de « s’équilibrer dans ses déséquilibres ». Voici quelques exemples.

● Un tennisman sera plus à l’aise si son port de raquette est du côté homolatéral à sa jambe la plus courte. Dans le cas inverse, il fera des efforts qui entraîneront des compensations.

● Un coureur de 5 000 m, avec une jambe plus courte à gauche, aura plus de facilité à négocier ses virages à gauche.

● Un sauteur en hauteur a besoin de laxité sur son pied d’appel pour bien placer son corps par rapport au sautoir. Son geste est d’autant plus fluide que son médio-pied peut tourner en valgus avec un tibia en rotation externe.

Les pieds standards : creux, plats, valgus, varus, n’ont plus beaucoup d’intérêt à ce stade de la pratique sportive. Un pied d’appui postérieur et un pied directionnel antérieur seront mis en évidence et complétés par un pied freinateur et un pied propulseur. Malgré tout et contre toute logique, la performance peut être atteinte même dans une « inadaptation théorique » à la pratique d’un sport, grâce à la compensation liée à d’autres critères que physiques : le talent et/ou le travail, par exemple. Le sportif recherche généralement la performance, le dépassement de soi. Il faudra en conséquence se référer au motif de consultation et à l’historique de ses blessures, avant la réalisation de l’orthèse, pour limiter le risque d’échec.

Attention aux règles

Un sport se caractérise par des règles et pourtant, il peut être « hors-la-loi » ! Le podologue, en tant que partenaire du sportif, doit avoir cette maxime à l’esprit. Elle peut l’aider à mieux comprendre les chemins empruntés par notre patient. Le sport peut ainsi être défini comme « une activité humaine cérébrale ou physique, régie par des règles reconnues et acceptées par des pratiquants de tous âges, exercée seul ou à plusieurs, accompagnée ou non, en tout lieu, intérieur ou extérieur, en toute saison, répondant à des besoins tels que les loisirs, l’entretien de sa personne, la compétition amateur ou professionnelle de différents niveaux, et pouvant nécessiter du matériel plus ou moins spécifique et coûteux ».

La citation de Pierre de Coubertin « plus vite, plus haut, plus fort » traduit la volonté de dépassement de soi, parfois jusqu’à la rupture physique (blessure), psychique ou même éthique (dopage). Le « podologue du sport ­», lui aussi, est poussé à la performance. Il s’est engagé à mieux comprendre le sportif mais également la rhéologie des polymères et de leurs techniques de mise en œuvre. La constante remise en question associée à l’humilité est la seule voie de l’efficacité en milieu sportif.

Simplifier la marche à suivre

Afin de faciliter le travail du podologue du sport, tentons d’abord une classification simple et non exhaustive des sports. Il s’agit de comprendre le sport par rapport aux mouvements qu’il exige ainsi qu’aux matériels nécessaires. Les sports sont multidirectionnels : football, rugby, tennis, basket…­; unidirectionnels : course à pied…­; et de glisse : ski, skate… Nous pouvons ajouter les sports dits « portés ­», comme le cyclisme. Ils peuvent être symétriques avec un geste répétitif ou non symétriques avec un geste non répétitif. Il est ainsi plus facile de se référer, dans un premier temps, à des données préétablies avant de s’attaquer à la recherche de données individuelles plus précises.

Le running se décompose en trois phases :

● une phase d’attaque (impact) qui représente, environ, 10­% du temps ;

● une phase d’appui (équilibre) qui représente, environ, 40­% du temps, et qui nécessite un travail musculaire élastique important ;

● et une phase de poussée (propulsion) qui représente environ 50­% du temps avec un rôle prépondérant sur la stabilité.

Ces phases devront être analysées en fonction de la vitesse et de la capacité neuromusculaire du sportif à résister aux forces en présence. Celles-ci seront également influencées par son poids, ses chaussures, le sol, etc. Les connaissances du rendement musculaire concentrique et excentrique du geste sportif sont bien décrites dans l’ouvrage La marche humaine, la course et le saut, coordonné par Éric Viel, aux éditions Masson. Par exemple, si l’athlète utilise un matériau absorbant pour le saut en longueur, l’impact sera certes diminué, mais le travail musculaire augmentera pour compenser l’énergie potentielle atténuée. De plus, le temps d’appui augmentera. Si, pour des raisons déterminées par le motif de consultation, une paire d’orthèses est placée dans les chaussures, elles ne doivent en aucun cas déséquilibrer un geste souvent difficile à régler. C’est pourquoi le podologue doit toujours garder en mémoire le geste sportif et l’avoir analysé en amont. Il doit connaître la discipline et éviter les a priori. Le respect des qualités naturelles est primordial. Un sprinter peut avoir un appui talon tellement court (5 millisecondes) que certaines personnes pourront considérer ce temps comme trop minime pour s’y intéresser. Alors qu’un podologue pourra agir sur ce temps infime. Autre exemple, une jambe courte physiologique sera certainement sans conséquence en activité citadine, mais elle peut vite devenir handicapante en milieu sportif. Durant la dynamique, la podométrie a démontré que le pied s’équilibrait sur des zones très réduites, d’environ 1 cm². Les métatarsiens auront un rôle prépondérant dans l’équilibre de l’avant-pied avec trois couples :

● le 1er rayon avec ses deux sésamoïdes ;

● les 2e et 3e métatarsiens ;

● les 4e et 5e métatarsiens.

Ces trois couples seront utiles dans les transferts de force intérieurs / extérieurs.

L’orthèse, une solution adaptée

Isaac Newton (physicien et mathématicien anglais, 1642-1727) a défini la troisième loi du mouvement, également appelée «­loi d’action-réaction­». « Dès qu’une force agit sur un corps, il existe une force égale et opposée de même nature qui agit sur un corps différent. » Celle-ci aide à comprendre le besoin d’un sportif qui subit des charges et des forces au cours de son activité sportive. Le choc constitue un phénomène transitoire. Il se caractérise par une accélération et par une durée. Il a une fréquence propre qu’il est parfois bon d’atténuer. L’orthèse est un filtre à utiliser avec précision et précaution. Ce système à ressort fonctionne en compression et en détente. L’orthèse concrétise toute la réflexion faite en amont sur la connaissance de notre patient et de notre métier de podologue. C’est la synthèse de l’analyse du besoin de notre patient dans son environnement.

En aucun cas, un sportif ne devra subir le travail d’un podologue. Au contraire, la participation à sa thérapie (la compréhension du travail de podologue) l’aidera à mieux accepter son appareillage. En effet, tous les paramètres précités seront autant d’éléments à prendre en compte. Un athlète s’épuisera, si l’énergie restituée par un sol trop dynamique ou un matériau trop viscoélastique est supérieure à sa réponse neuromusculaire. Associé aux soins de pédicurie et aux conseils de chaussants (chaussures et chaussettes), un panel infini de solutions d’appareillage nous est offert grâce aux nombreux polymères associés aux techniques de thermoformage. Les quatre grands types de matériaux de synthèse sont :

● les thermodurcissables ;

● les thermoplastiques ;

● les fibres ;

● et les élastomères.

Des moyens simples et mnémotechniques permettent d’aider au choix des polymères en fonction de l’objectif recherché. Par exemple, concernant l’élasticité, le podologue peut étalonner les matériaux du moins élastique au plus élastique de la manière suivante : PE : peu élastique ; EVA : élastique ; Élastomère. Parmi les élastomères, le polymère NR (natural rubber), traduction anglaise de « caoutchouc », peut plus facilement se retenir en « naturellement résilient » ou encore « non rémanent ». Le podologue possède ainsi un choix de techniques de mise en œuvre indiqué dans les tableaux ci-dessous.

Podologie_materiaux_santesportmagazine

Comment choisir ses chaussures ?

Pour le marathonien, un moyen simple est de se référer à sa performance. Par exemple, pour les athlètes qui courent autour de 2 heures 10 minutes, choisir des chaussures de 220 grammes ; autour de 2 heures 50 minutes, 280 grammes et autour de 3 heures 30 minutes, 330 grammes, et ensuite les plus protectrices possible. Néanmoins, une chaussure ne représente pas que des grammes. Il faudra préférer des chaussures construites sur le principe 2/3 postérieur et 1/3 antérieur, qui s’adapte mieux à la mécanique du pied et qui fléchit à l’articulation métatarsophalangienne. Plus la chaussure sera rigide dans le plan frontal, plus elle sera performante, mais à vitesse faible les muscles intrinsèques souffriront beaucoup plus. Par contre, il semble difficile d’analyser le type de course à travers l’usure de la chaussure de running car celle-ci est la composante de plusieurs paramètres sans rapport avec le type de course : force de frottement, gravité terrestre, qualité de la chaussure, masse du coureur, etc. Par exemple, nous conseillerons pour le tennisman des chaussures « terre battue » et des chaussures « surfaces synthétiques ». Un joueur de rugby devra utiliser des chaussures adaptées à sa masse. Il est préférable de favoriser des crampons ronds vissés plutôt que des lamelles qui fixent trop le pied au sol, provoquant un blocage dans les mouvements de torsion dont le bras de levier risque de remonter au niveau du genou.

Quelles chaussettes ?

Comme pour l’orthèse, les chaussettes sont constituées de fibres de différentes origines : animales, végétales ou minérales. Elles possèdent des caractéristiques spécifiques : titrage, rigidité, capacité d’absorption, etc. En fonction du mixage de ces fibres et de leur technique de construction (tricotage), elles s’adaptent à différents besoins tels que : l garder les pieds au frais et au sec (Coolmax®) ; l garder les pieds au chaud et au sec (Thermolite®) ; l et réguler la température (Outlast®). La durée de l’activité et la température extérieure sont importantes pour établir un choix de fibres cohérent. En raid nature et en terrain accidenté avec des conditions météorologiques changeantes, par exemple, il vaut mieux prendre plusieurs paires dans son sac afin d’éviter les blessures cutanées et préserver l’hygiène du pied. Certaines chaussettes en matériaux biodégradables pourront être abandonnées sans risque de pollution.

L’eau, qu’elle soit due à la transpiration, au passage dans l’eau ou à la pluie, représente un vecteur pour la fragilisation de la peau, souvent responsable de l’apparition de phlyctènes (ampoules). Comme en ski, le sportif recherchera chaleur, confort et hygiène ainsi qu’une évacuation de la sudation. La stagnation d’eau qui persiste entraîne des problèmes identiques à ceux rencontrés pour la pratique des raids. L’association « chaussures qui respirent et chaussettes qui évacuent » est un couple gagnant ! Les problèmes d’insuffisance veineuse ou de jambes lourdes, de phlyctènes, d’ongles, qui pénalisent aussi le sportif, peuvent également être améliorés avec la « chaussetto-thérapie ».

Sur quels sols courir ?

Concernant le sol, il est préférable de courir sur des surfaces stables, le sable étant instable. Un bitume ne sera pas plus traumatisant, si la température extérieure est élevée, qu’un sous-bois au sol gelé en hiver. Tout dépendra bien entendu du sport pratiqué, car un joueur de rugby souffrira autant sur sol très mou, par sollicitation des muscles de la loge interne de la cuisse, que sur sol gelé (les appuis étant fuyants). À la fin des années 1960, les pistes d’athlétisme en revêtement synthétique ont permis d’améliorer les performances, mais les médecins ont vu les blessures d’athlètes augmenter.

Plus un sol redonne d’énergie, plus l’athlète sollicitera son système musculaire de freinage excentrique, ce qui est plus fatigant pour le muscle. Concernant les sports en salle, les industriels ont redoublé d’ingéniosité en créant des sols performants pour le sportif, qui ne glisse pas, tout en accentuant le rebond de la balle. Le sol évolutif qui convient à la fois au sportif lourd supérieur à 90 kg et à l’enfant de moins de 30 kg, cependant, n’a pas encore été inventé. Ne peut-on voir là une des causes de certaines pathologies de croissance de plus en plus fréquentes chez les jeunes sportifs ? En tout cas, cela laisse au podologue un champ d’action orthétique important.

L’orthèse, une solution

L’appareillage se fait par thermoformage pour obtenir une meilleure adaptation de l’orthèse à l’athlète et une personnalisation de la chaussure. En 1999, lors du raid de l’île de la Réunion, la Diagonale des Fous, une équipe de podologues qui couvrait la compétition a réalisé des orthèses plantaires thermoformées, en milieu de course (à 65 km du départ), afin d’aider les coureurs qui présentaient des pathologies de type tendinopathies du tibia postérieur, d’Achille ou encore métatarsalgies. Le thermoformage de matériaux de synthèse a permis aux podologues de proposer aux sportifs des orthèses plantaires d’urgence.

Le podologue dispose ainsi d’un certain nombre d’atouts pour aborder un sportif et répondre au motif de consultation. Par l’échange d’informations, le podologue récolte les fruits d’un travail sérieux et reconnu « par tous et partout ». ♦

Bibliographie

• La marche humaine, la course et le saut coordonné par Eric Viel aux éditions Masson

• Pieds et sports de loisir sous la direction de Christian Hérisson, Jacques Rodineau et Lucien Simon, librairie Sauramps

• Les 200 mots de la chaussure de sport de Marc Follachier, CTC

• Les chaussettes de sport de Céline Fonteneau (société Kindy) dans Le Podologue scientifique février 2007, et www.kindy.com

• Les sols sportifs d’Alain Rivat (société Taraflex), cours de formation ANPS

• La biomécanique en podologie de Jean Smekens, Université de Bruxelles

• Examen postural sportif de Jean-Claude Gaillet, podologue à Reims, cours de formation ANPS

• Les principaux matériaux utilisés dans les orthèses plantaires de Christian Rebouh, « pour l’EMC podologie, chez Elsevier, in press »

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