Kiné-ostéo au sein de la troupe de Notre-Dame de paris

Du football à la comédie musicale « Notre-Dame de Paris », Dominique Sappia a suivi les sportifs comme kinésithérapeute, ostéopathe, soigneur, « sorcier »… L’univers du spectacle est extrêmement exigeant et le suivi médico-sportif très pointu. Dominique Sappia nous raconte un peu de son travail au sein des coulisses de la comédie musicale « Notre-Dame de Paris ».

Par Dominique Sappia

 

« Mais que fais-tu dans la comédie musicale « Notre-Dame de Paris » ? » Cette question, je l’ai entendue des centaines de fois. Car depuis bientôt trente ans, j’ai la chance d’évoluer professionnellement dans l’univers du sport de haut niveau et du monde du spectacle. Mon métier, c’est « soigneur », ce terme désuet employé jadis en boxe ou en football. Alors bien sûr, depuis tout ce temps, des formations de kinésithérapeute, d’ostéopathe et de nombreux autres enseignements complémentaires ont enrichi mon arsenal thérapeutique et donné de l’expérience à mes mains.

De la Canebière à Notre-Dame

Drafté en 1988 par le grand club de football Olympique de Marseille, c’est au contact du vieux sorcier Jacques Bailly, que Bernard Tapie venait de débaucher de l’ATP et de l’équipe de France de Coupe Davis, que j’ai commencé à travailler comme kiné et ostéopathe. Je me suis formé pendant cinq ans à l’OM football, puis trois ans à l’OM Vitrolles handball avec les « barjots ». Pendant ces années, jamais, on ne m’a posé la question du rôle du kinésithérapeute tant c’était évident. Puis, en 1996, j’ai commencé à travailler dans le monde de la Formule 1. Et là, la question a commencé à pointer le bout de son point d’interrogation. « Ils ont besoin d’un kiné, les pilotes ? » Alors, j’ai expliqué que la voiture ne faisait pas tout, qu’il fallait une préparation physique, que la force G subie par les pilotes lors des courses provoquait des douleurs au cou, que dans un cockpit la température monte entre 50 et 55° C, que l’effort dure presque deux heures, quasiment sans eau, que les pilotes toujours à cause des accélérations sortent de leur voiture avec huit de tension dans les jambes, etc. Sans parler d’éventuels accidents et des séquelles que ceux-ci pouvaient engendrer ! Trois ans plus tard, est venu le temps des cathédrales. J’entre au sein de la troupe de la comédie musicale française « Notre-Dame de Paris », ayant en charge les chanteurs et les danseurs, sur la tournée européenne. On me pose alors de nombreuses questions sur mon rôle. « Mais où les chanteurs ont-ils mal ? », « Pour faire un peu de danse, ils ont besoin que tu sois là ? », j’en passe et des meilleures. Alors, laisser-moi vous conter, un peu à la marseillaise, ce que fait un soigneur sur un spectacle tel que « Notre-Dame de Paris ».

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Une troupe exigeante

À l’époque, l’équipe de « Notre-Dame » était composée de quatre acrobates, de deux b-boys (breakers), de dix-huit danseurs, de douze chanteurs, ainsi que d’une trentaine de techniciens et de membres de la production. Environ soixante personnes composent donc la troupe, chacune possédant ses spécificités professionnelles. Lors de la création d’un spectacle comme « Notre-Dame », même s’il n’a jamais cessé d’être joué depuis 1998, les équipes se succèdent. Il faut régulièrement réinventer le show. Ainsi en octobre 2016, les danseurs et les chanteurs vont répéter durant un mois et demi, de 8 h du matin à 20 h. Évidemment, certaines scènes correspondent plus à un travail de figuration que de danse, mais d’autres exigent un réel travail physique. Pour les connaisseurs, dans « les sans papiers », « la fête des fous » ou encore dans « la cour des miracles », l’effort dure entre trois et six minutes avec un rythme cardiaque entre 180 et 200 pulsations par minute. Ajoutez à cela des diagonales d’acrobates de type tumbling et des démonstrations de break dance. La comédie musicale a compté dans ses rangs de nombreux ex-internationaux de gymnastique de toutes nationalités et de grands breakers dont le recordman du monde de tour sur une main. La préparation en amont est aussi physique qu’artistique, comprenant toutes les répétitions, les heures de barres inhérentes à un danseur, mais aussi l’aspect d’entraînement de type musculation, travail d’endurance ou cardio-vasculaire. Ce travail, peu de sportifs, même de haut niveau, le réalisent. Je connais peu de mes amis ou patients sportifs qui passent douze heures dans un stade ou en salle. Ce travail exige donc un suivi médicosportif aussi pointu que celui d’un sportif de haut niveau. Si nous avons évoqué la préparation physique de type musculation, entraînement spécifique et travail cardiovasculaire, il faut également parler de l’astreinte alimentaire, imposée par l’esthétique tant pour les filles que pour les garçons. Il y a presque vingt ans, j’ai commencé à intégrer dans l’univers du spectacle des concepts, tellement évidents dans le monde du sport, comme la vitaminothérapie, les boissons d’effort et les boissons de récupération, les chaussettes de compression et de récupération, et bien sûr, tous les soins de kinésithérapie, de massage et d’ostéopathie.

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Un staff et des stars

Il existe une catégorie de personnes non visibles, mais sans qui le spectacle n’existerait pas, ce sont les techniciens et les membres de la production. Lorsque vous irez la prochaine fois voir un show, quel qu’il soit, pensez à ces hommes et à ces femmes de l’ombre, qui grimpent dans les coulisses, poussent des colonnes, hissent des décors… et qui travaillent aussi douze à treize heures par jour, si ce n’est plus les jours de montage et de démontage. Il est également important que ces hommes et ces femmes soient en bonne santé. Pour certains, la préparation physique laisse à désirer, mais nous devons prendre soin de leur dos et de leurs articulations mis à rude épreuve.

À l’opposé de ces travailleurs de l’ombre, une dernière catégorie, et pas la moindre, exige des soins et de l’attention. Il s’agit de celle des stars du show. Ce sont, vous l’avez compris, les chanteurs, les têtes d’affiche, les Garou, Hélène Ségara, Patrick Fiori ou Julie Zenatti. Inconnus ou presque à l’époque, ils sont devenus des stars comme cela arrive pour les chanteurs dans ce genre de spectacle. Et leur performance physique n’en est pas moins importante. La grande spécificité du soigneur de comédie musicale est aussi d’avoir tout un tas d’aides, de recettes de grand-mère utiles à l’échauffement de la voix : thés, miels, pastilles, propolis, préparations homéopathiques, etc. Chanter pendant plus de deux heures lors d’un spectacle, en sautant, courant et dansant, voire en réalisant des acrobaties et des cascades, sollicite tous les muscles du corps, y compris ceux que le chant met en jeu, à savoir les muscles respiratoires et les muscles du cou. Là encore, le travail de préparation physique, de musculation aussi bien esthétique qu’athlétique prend tout son sens, un chanteur ou une chanteuse moderne, s’entraîne, court, fait du vélo, du vélo elliptique, du crossfit, de la musculation et des abdos ! Le temps est loin où les ténors d’opéra disaient que le travail physique les empêcherait de bien chanter. Pour conclure, la question est de savoir ce que fait un kiné-ostéo dans un tel spectacle. Je dirai qu’il y a de nombreux soins à réaliser : des massages, de l’ostéopathie, de la rééducation après les différentes lésions parfois graves, de la préparation physique, comme la musculation, l’endurance, mais aussi un travail sur l’aspect esthétique. Enfin, de manière plus implicite, le soigneur peut être un confident, un motivateur, un modérateur, un ami et un grand frère, ou plutôt un papa au vu de l’âge que j’ai aujourd’hui. ■

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