L’ostéochondrose du genou

Votre enfant a mal au genou. Votre médecin du sport a fait le diagnostic d’ostéochondrite. De quoi s’agit-il ? Comment le soigner et éviter les complications ? SantéSportMagazine vous explique !

Par le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport

 

Étymologiquement, « ostéochondrite » signifie « inflammation de l’os et du cartilage ». Ce dernier est la substance lisse et nacrée qui recouvre les os en regard des articulations. Il permet les mouvements de roulement et de glissement. En cas d’ostéochondrite, l’os situé sous le cartilage devient fragile. Il souffre, car il reçoit moins d’oxygène et de nutriments. Les vaisseaux qui le traversent sont écrasés lorsque le jeune sportif court, saute ou pivote. Si les microtraumatismes se prolongent, le fragment osseux peut se nécroser et sa périphérie se fissure. Tout se passe comme si le cartilage prenait appui sur un sol meuble. La plaque cartilagineuse se fend à son tour. Le fragment constitué d’os mort et de cartilage se décroche et migre dans l’articulation.

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Comment faire le diagnostic ?

Dans la majorité des cas, l’ostéochondrite est découverte bien avant que le fragment osseux ne se décroche. Parfois même, elle est mise en évidence à l’occasion d’une radiographie réalisée pour une autre raison. Classiquement, le jeune sportif se plaint d’une douleur à la face interne du genou. Les symptômes sont voisins de ceux de la lésion du ménisque interne. La radiographie montre une tache sombre au voisinage de la surface articulaire. L’IRM permet la visualisation d’un halo tout autour de la lésion ; il s’agit d’un œdème osseux caractéristique d’une inflammation. Lorsque le cartilage commence à se fendre, il se produit un accrochage lors des mouvements du genou. L’articulation réagit en sécrétant un liquide lubrifiant : c’est l’épanchement de synovie ; le genou gonfle à ce stade, l’arthroscanner est l’examen le plus contributif. Il consiste à injecter dans l’articulation un produit de contraste. Ce dernier passe dans la fissure et la met bien en évidence. Quand le morceau d’os s’est détaché, le genou est douloureux et gonflé. Surtout, le fragment se coince entre le tibia et le fémur : le genou est bloqué. Le plus souvent, l’extension est impossible.

Comment ça se soigne ?

Lorsque le diagnostic est fait avant l’ouverture du cartilage, il faut tenter de faire récupérer l’os sous-jacent. Il est indispensable de limiter son écrasement. Il est impératif que notre adolescent évite de courir, de pivoter et de sauter. Il doit arrêter l’EPS et les sports collectifs. En revanche, le vélo et la natation sont plus qu’autorisés, ils sont recommandés. Ces activités peu contraignantes provoquent de légères compressions suivies de décompressions. Ainsi, le cartilage et l‘os pompent les nutriments circulant dans les petits vaisseaux sanguins voisins. Le médecin du sport prescrit un peu de vitamine D, car les carences sont fréquentes. Il s’assure d’un apport suffisant en produits laitiers ou complète avec du calcium. Il peut proposer aussi de la silice. Cet oligoélément constitue un autre minéral essentiel à la solidité de l’os. Une paire de semelles correctrices est souvent la bienvenue, notamment si notre jeune sportif a les jambes arquées. Elles sont munies de reliefs externes qui font basculer les genoux vers l’intérieur et décompriment le compartiment interne. Avec ce traitement, la durée de la consolidation est habituellement de quatre à six mois. L’IRM permet de suivre la réduction de l’inflammation et la fusion du noyau osseux en souffrance. Au moindre doute, il est recommandé de pratiquer un arthroscanner. Cet examen consiste à injecter dans le genou un produit opaque qui moule les surfaces articulaires. Si ces dernières sont fissurées, un liquide blanc vient s’y infiltrer. Le plus souvent, le revêtement cartilagineux reste continu. La reprise des sports en appui complet s’effectue progressivement. Au début, le jeune sportif renoue avec la course dans l’axe. Peu à peu, il intègre les déplacements latéraux. Progressivement, il programme des pivots et des blocages. Enfin, il reprend son sport de prédilection.

Faut-il opérer ?

Si du liquide opaque passe entre le fragment en souffrance et l’os sous-jacent, le bloc osseux se révèle instable. Il est conseillé de le refixer avec une vis. Cette dernière est enfoncée jusqu’à faire disparaître sa tête dans l’épaisseur du cartilage. Ainsi, la surface reste relativement lisse. À l’autre extrémité, le pas de vis va jusqu’à pénétrer l’os sain. Ainsi, l’amarrage est solide. De surcroît, le forage provoque un saignement qui contribue à l’apparition de nouveaux vaisseaux. De cette façon, on peut espérer que le morceau d’os prêt à se détacher pourra récupérer et fusionner avec le reste du fémur. Si le fragment se décroche, le chirurgien peut tenter de le refixer. S’il est abîmé et inutilisable, il est d’usage de le remplacer par une «­mosaïcplastie ». Cette technique consiste à prélever une allumette d’os et de cartilage dans une zone à faible contrainte, notamment à l’arrière du genou. La niche de l’ostéochondrite est grattée pour retrouver de l’os sain. Les allumettes sont placées à l’intérieur, la portion osseuse au fond, la portion cartilagineuse en superficie. On renouvelle la manœuvre jusqu’à combler la totalité de la cavité. À la fin de la procédure, les allumettes se rejoignent et prennent l’aspect d’une mosaïque. À l’issue de ce type d’intervention, les suites sont souvent longues. La natation peut être reprise après un à deux mois, le vélo après deux à trois mois, le trottinement après trois à quatre mois, les sports avec changements de directions après six mois à un an. ■

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