Ly Pribile, une RunChic

Cofondatrice de RunChic, passionnée de running et de raid, Ly Pribile vient de boucler la Saintélyon et les 80 km de l’EcoTrail de Paris. Elle s’investit pour la féminisation du sport. SantéSportMagazine est parti à sa rencontre.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre

 

Du karaté à la natation, Ly Pribile a, adolescente, relevé de nombreux défis. Elle s’est imposée sur les tatamis, en terminant 3e de la Région Centre. Puis, ses études l’ont éloignée du sport pendant dix ans, malgré quelques sorties running pour la forme. À 30 ans, elle reprend la compétition en participant avec des amies au Raid Amazones, une expédition sportive avec courses d’orientation et randonnées, canoë-kayak, VTT, tir à l’arc et escalade en équipe. La dilettante a laissé la place à la compétitrice, la sortie du dimanche a été remplacée par la SaintéLyon et les 80 km de l’EcoTrail de Paris. Ly Pribile est également cofondatrice de RunChic, un site de running lifestyle fondé par Géraldine Richter, il y a trois ans et demi. Après l’entrée de Ly dans l’association RunChic comme simple coureuse, les deux amies se sont rapidement associées pour développer la communauté, qui compte aujourd’hui plus de 600 membres, comprenant même des runneuses expatriées à New York.

Comment la course à pied est-elle entrée dans ta vie ?

Je cours depuis aussi longtemps que je me souvienne. J’étais alors une coureuse du dimanche. J’ai commencé réellement à m’y mettre, il y a presque quatre ans. Deux ans après, je me suis lancé le défi de participer au Raid Amazones, au Cambodge. Je me suis donc mise plus sérieusement à l’entraînement. Je courais de plus en plus. Maintenant, j’adore cela. Si je le pouvais, je courrais le plus longtemps et le plus loin possible. J’ai d’abord participé à un 10 km, puis je suis allée jusqu’au marathon. Il y a deux ans, j’ai souhaité tester le trail. Je connaissais les courses « nature » grâce aux raids. J’ai adoré l’esprit « trail ». Il y a une solidarité, de l’attention et de l’entreaide. Il y a peu de temps, j’ai voulu pousser l’expérience plus loin, et en décembre dernier, j’ai couru la SaintéLyon, 72 km. L’expérience réussie, j’ai participé au 80 km de l’EcoTrail de Paris. En réalité, ce n’est pas du tout le même type de course. La SaintéLyon se court de nuit, il fait froid et la course est plus technique.

Comment t’es-tu préparée pour la SaintéLyon et le 80 km de l’EcoTrail de Paris ?

Avec Carmen Oliveras, la coach sportive de RunChic ! Elle m’a préparée pour les deux épreuves. J’ai également pris un coach en complément pour la PPG (préparation physique générale). Je devais renforcer mes muscles, car j’avais une faiblesse au niveau des cuisses t je ne souhaitais pas être en souffrance totale sur la course. Et surtout, je ne voulais pas me blesser avec un entraînement plus intensif. Mon programme prévoyait trois ou quatre sorties par semaine en course à pied, comprenant du fractionné sur piste, du fractionné long : 2 000 m, 3 000 m…, mais aussi deux à trois séances de renforcement et de musculation en salle. D’ailleurs, je déteste la salle ! J’avais donc six entraînements par semaine, environ. Avec mon travail, ma vie de famille et ma vie sociale, j’ai dû louper quelques séances. J’ai été sérieuse, mais je ne tenais pas à m’enfermer dans une préparation physique sans équilibre avec la vie sociale. Le sport doit rester un plaisir, même lorsque l’on aime les challenges.

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J’ai également modifié mon alimentation. J’ai favorisé ce que l’on appelle les « super aliments » comme les macas du Pérou. J’ai supprimé l’alcool trois semaines avant, sur conseil de mon coach. J’ai banni la viande rouge et favorisé une alimentation plus végétarienne. J’avais déjà un peu limité la viande dans mon quotidien, même si je ne serai jamais végane ! Aujourd’hui, j’ai conservé cette alimentation, car je trouve qu’il y a un bénéfice au niveau de l’énergie.

Qu’est-ce qui a changé avec ta préparation en course sur route ?

Principalement les séances de course en côte… que je ne faisais pas pour la course sur route. Gagner en puissance était la clé ! Il a également fallu apprendre la gestion de l’allure.

Est-ce que tu t’es déjà blessée ?

J’ai de la chance car je n’ai jamais été blessée, malgré le fait que, depuis trois ans, j’ai eu une grosse montée en charge d’entraînements et de distances sur mes courses. Je m’écoute ! C’est important. Je le vois avec des coureurs qui poussent à l’extrême et dont le corps lâche. Les blessures sont des signaux d’alerte ou des S.O.S. du corps. Pour ne pas traumatiser trop mon corps, je fais aussi du vélo en salle, de la natation et un peu d’entraînement croisé.

Parle-nous de l’association RunChic. Quel est son but ?

Le partage et la transmission ! Il faut donner envie aux femmes de pratiquer un sport. Et pour cela, il faut donner une autre image du « sport au féminin » : une image plus douce, plus féminine. Le sport, ce n’est pas que la performance. Nous parlons aux femmes de la course à pied hors de la performance. J’ai tout de suite adhéré à cette philosophie et c’est pour cela que j’ai souhaité m’associer à Géraldine. Le sport aide vraiment à prendre confiance. Lorsque l’on arrive à réaliser un défi que l’on s’est lancé, à aller au bout d’un challenge, on se sent « hyper » forte. Cela nous pousse à aller plus loin. Je le constate toujours au sein de la communauté.

On aborde aussi le côté « glamour » et « fashion » du sport. On peut courir et rester féminine… même s’il ne s’agit pas d’aller faire un brushing avant de courir un marathon. Tu défends la féminisation du sport.

Que souhaiterais-tu voir changer ?

Plus de femmes, par exemple sur le trail ! À l’EcoTrail de Paris, il y a moins de 10 % de femmes. Pendant que je courais, je m’amusais à compter le nombre de femmes et j’en voyais une sur douze traileurs. Les femmes n’osent pas. Elles pensent que le défi est trop énorme. J’aimerais leur montrer qu’elles sont plus fortes qu’elles le croient.

Je trouve également que la place de la femme n’est pas toujours reconnue à sa juste valeur. Dans quasiment tous les sports, les stars sont des hommes.

Comment inciter les femmes à participer à des compétitions sportives ?

Les communautés de bloggeuses, comme RunChic, aident notamment, car ils permettent d’avoir des modèles à suivre. L’exemplarité peut aider. Nous avons besoin de plus de modèles féminins. Il y a également beaucoup de courses féminines qui peuvent aider les débutantes ne souhaitant pas être jugées. Elles ont envie de courir sans esprit de compétition. Elles ont besoin d’être rassurées. ■

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