La féminisation du sport

Le sport a presque toujours été une affaire d’hommes, et si l’on remonte dans le temps, jusqu’à l’Antiquité ; dans presque tous les pays du monde, on ne trouve que quelques rares championnes. Celles qui prétendent alors batailler sur les terrains de sport se heurtent à une levée de préjugés : le sport masculinise et virilise « le sexe faible ».

Par Nathalie Simon

 

La médecine, elle-même, échafaudait tout un tas de théories aussi absurdes les unes que les autres sur l’incompatibilité entre le sport et les femmes… On entendait parler de « décrochement de l’utérus » ou encore que « les femmes qui font trop de sport ne peuvent plus avoir d’enfants ». Pourtant, les femmes participent aux Jeux olympiques depuis de nombreuses années. Malgré le fait que Pierre de Coubertin, lui-même, considérait que le vrai héros olympique était l’adulte mâle individuel…

La femme, une runneuse débutante

L’histoire du sport féminin ne commence vraiment que dans la seconde partie du 19e siècle. Eh oui, c’est après le départ du baron de Coubertin que les femmes participèrent à leurs premières olympiades dans d’autres catégories que les épreuves que nous pourrions nommer « scolaires ». Que de chemin à parcourir pour les sportives ! Dans l’excellent film/documentaire Free to run, le Genevois Pierre Morath retrace l’histoire de la course à pied, au cours du siècle dernier, et plus précisément celle du marathon. Le spectateur est stupéfait de voir qu’il y a peine quelques décennies, la course à pied était réservée aux hommes et notamment aux marginaux et aux excentriques. La première femme a oser braver l’interdiction de porter un dossard fut l’Américaine Katherine Switzer, qui s’élança au marathon de Boston en 1967, déguisée en garçon et protégée par son mari et une cohorte de runneurs amis, transformés pour l’occasion en gardes du corps ! L’image de l’organisateur de l’épreuve lui courant après pour essayer de la soustraire à la course paraît surréaliste aujourd’hui et pourtant… c’était il y a tout juste 50 ans.

Comme dans la vie, nous avons besoin de premières femmes, de pionnières pour suivre l’exemple. Comme celle qui eut l’honneur de courir le premier marathon féminin olympique fut l’Américaine Joan Benoit en 1984 aux J.O. de Los Angeles… autant dire hier !

Quoi de neuf sur la planète sport au féminin ?

Côté compétition, les choses se sont largement améliorées depuis 1984. Tous les sports se sont ouverts aux femmes, même si dans la pratique, certains, connotés masculins, voient peu de femmes s’y adonner. Il faut dire que des fédérations ont ouvert leurs portes plus tôt que d’autres. L’une des plus frileuses fut d’ailleurs la Fédération française de football qui n’accueillit les femmes qu’en 1970. Aujourd’hui, elle se rattrape et met désormais les bouchées doubles. La FFF s’est même fixée l’objectif de placer la France comme une nation référence en termes de licenciées footballeuses. Il faut dire que l’enjeu est de taille et dans tous les sports. Je parle bien sûr de l’enjeu financier. Les marques, comme les fédérations, l’ont bien compris. C’est du côté des femmes que se gagnent les nouvelles parts de marché ! Nous voilà donc avec une offre vestimentaire technique et féminine qui se développe chez tous les équipementiers, avec des courses dédiées aux femmes, inventées pour les femmes et au profit des causes féminines. Le tout dans un univers si féminin que parfois on se croirait échappée d’un magasin de layette. Messieurs, sachez que nous ne sommes pas toutes des rose bonbon et que le mauve, on n’en peut plus ! Les marques communiquent également de plus en plus sur les femmes, et avec des femmes, au risque parfois de créer une « féminisation encouragée ou suggérée » et une « sexualisation » forte du sport. Faut-il être belle pour faire du sport ? Le sport rend-il belle ? Doit-on montrer une cuisse sur une affiche pour attirer les (télé)spectateurs ? De nombreux magazines et sites féminins de sport ont également vu le jour ces dernières années. Ils symbolisent une nouvelle époque. Eh oui messieurs, nous aussi avec notre petit café du matin, nous feuillettons les gazettes sportives. Nous y parlons sport, société, résultats, vacances sportives, mode, etc. Ces magazines offrent en outre une belle tribune aux sportives qui revendiquent leur envie de faire bouger les choses… telles que Ly Pribile du groupe Run Chic qui intervient dans ce magazine (page 18).

La plupart des femmes consomment le sport différemment des hommes, et là où nos camarades masculins voient « compétition » et « performance », nous voyons « partage » et « plaisir ». Il est possible que cela explique le faible pourcentage de femmes licenciées en France : seulement 20 % des femmes qui pratiquent un sport le font dans un club. Les fonctions « de gestion » et « technique » des fédérations sportives restent majoritairement masculines. Et comme au temps de Pierre de Coubertin, ce sont les championnes qui ouvrent la voie, et qui tracent les chemins. À l’image des boxeuses françaises Estelle Mossely et Sarah Ourahmoune qui ont, à Rio, tant fait pour la boxe féminine, en quelques jours. Depuis, il faut traîner ses gants du côté des salles de boxe pour voir qu’il n’y a jamais eu autant de filles et de jeunes femmes transpirant sur les rings.

Côté médecine, les résistances ont, elles aussi, lâché du lest. Et la raison a eu le dernier mot… pour le moment. Faire du sport ou pratiquer une activité physique est bon pour la santé. Vous pourrez avoir des enfants, et non, vous ne vous transformerez pas en camionneur. Oui, vous resterez féminine, et surtout vous prendrez confiance en vous ! ■

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3 questions à…

Championne de France de planche à voile en 1986, Nathalie Simon est ensuite devenue animatrice et présentatrice de radio et de télévision. Elle n’a pas arrêté le sport et a même terminé, à 52 ans, l’Ironman de Nice.

Par Muriel Hatem

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Nathalie Simon, vous étiez championne de France de planche à voile, avez-vous senti des résistances à la place des femmes dans votre sport ?

Des résistances non. Mais il est vrai que j’arrivais dans un sport jeune (le funboard) avec des camarades garçons tout aussi pionniers que moi et surtout des instances dirigeantes débutantes. J’ai beaucoup bataillé pour que nous ayons des gains de courses plus élevés (nous n’avions que 20 % du total), sans succès (rire).

Vous avez, tout de même, contribué à la féminisation et à la médiatisation du sport au féminin…

Oui, c’est vrai même si, à l’époque, je n’en avais pas conscience. Je pense que ma reconversion dans le milieu des médias a aussi accéléré ma visibilité et du coup mon sport.

Vous aimez toujours autant les défis. Aujourd’hui, quelle est votre nouvelle aventure ?

Oui, j’ai toujours pensé que du mouvement et de l’agilité naissaient les opportunités. J’ai donc décidé de potentialiser mes univers de compétence et de créer mon agence de relations publiques, dans le sport, le bien-être et la forme : « Nathalie Simon Média ». Je suis bien occupée entre cette nouvelle aventure et tout le reste. Mais rassurez-vous, je n’oublie jamais de m’entraîner, car le sport pour moi, c’est une question de survie. Alors, quand je gamberge trop, hop, je chausse mes baskets et je pars faire ce que j’appelle mes « brain-running ». Et vous savez quoi ? Ça marche ! Je cours donc je pense !

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