Du triathlon au raid des Alizés

Pour la deuxième édition, SantéSportMagazine était au cœur du Raid des Alizés. Les trois triathlètes de l’équipe se sont élancées sur la mer et les sentiers de la Martinique. À pied, à vélo ou en kayak, elles ont relevé le défi. Du triathlon au raid, elles vous invitent dans leur voyage.

Par Anne Odru

 

Alors que le raid a officiellement fait son entrée au sein de la Fédération française de triathlon le 1er janvier 2017, il est intéressant de voir les similitudes entre ces deux activités pourtant assez éloignées sur le papier. D’un côté, un sport combinant trois disciplines particulières (natation, cyclisme et course à pied) et de l’autre, une pratique sportive plutôt liée à l’aventure, dans des conditions parfois extrêmes comme le veut l’origine du raid. Car il ne faut pas oublier qu’à la base, le « raid » désigne un assaut militaire. Mais en Martinique, entre la montagne Pelée et les plages paradisiaques, le « Raid des Alizés » (qui s’est déroulé du 15 au 20 novembre 2016) offre à ses aventurières de l’extrême une autre idée du sport en pleine nature. Et qui dit « manifestation sportive » dit « préparation ». Comment peut-on apprécier cette discipline hors norme lorsque l’on pratique tout au long de l’année des séances en vue d’être performant au départ d’un triathlon ? De la natation au kayak, du vélo sur route au VTT sur sable, de la course à pied sur bitume au trail dans la boue…, comment se passe la transition entre toutes ces disciplines ? Éléments de réponse avec les « Trimarrantes », triathlètes dans la vie, raideuses en herbe !

À la découverte du Raid des Alizés

Le Raid des Alizés est un concept né en 2016. Il s’agit d’une compétition sportive 100 % féminine, où des équipes de trois filles s’affrontent dans l’univers classique des raids multisports (trail, VTT, kayak…). Chaque trio représente une association à laquelle sera reversée une somme d’argent en fonction du résultat sportif. Une belle motivation pour se pousser pendant quatre jours en découvrant chaque matin un nouveau parcours et de nouvelles épreuves. Le tout se déroule dans des conditions relativement précaires : nuits en bivouac, météo parfois capricieuse… Le concept « militaire » du raid est bien intégré tout au long de l’aventure, comme le montrent les différentes épreuves.

  • Jour 1 : 7, 5 km de kayak
  • Jour 2 : Trail de 10,5 km avec 500 m de dénivelé et 9 km de kayak
  • Jour 3 : Trail de 16 km avec 900 m de dénivelé
  • Jour 4 : Enchaînement VTT puis kayak sur 20 km.

Nous sommes donc trois triathlètes très amatrices à se lancer dans cette toute nouvelle aventure. Muriel, notre aînée et déjà expérimentée sur le Raid des Alizés pour y avoir participé en 2015. Elle est aussi triathlète et marathonienne. Stéphanie, la plus dynamique, multiplie les pratiques sportives entre le triathlon, la danse et le trail. Et moi, Anne, moins expérimentée, je suis triathlète depuis un an et demi, après avoir couru le marathon de Paris. Même si la recherche de la performance sportive ne fait pas partie de notre objectif, nous ne négligeons pas la préparation, comme avant n’importe quelle compétition.

Préparation triathlon

Le triathlon est l’enchaînement de trois disciplines : natation, vélo et course à pied. Cette combinaison exige un entraînement varié avec dans l’idéal deux séances par jour quatre fois par semaine afin de ne pas souffrir le jour J, quel que soit le résultat recherché. Nager est primordial, pour travailler le cardio et la musculation, la natation reste le meilleur sport. Nager le crawl en eau libre nécessite une certaine maîtrise, il est donc indispensable de pratiquer un maximum (une séance par journée d’entraînement) pour s’en sortir le mieux possible.

Le cyclisme peut paraître plus facile, surtout sans dénivelé… mais un effort sur plusieurs dizaines de kilomètres (40 sur le format M par exemple) et qui intervient juste après la natation n’est pas si évident. Il faut donc essayer de rouler une fois par semaine, au minimum, et sur une durée d’1 h 30 en moyenne. Là encore, l’essentiel est de pratiquer pour être à l’aise le jour J.

Enfin, la course à pied qui termine l’épreuve se prépare au quotidien. Pour les articulations, les muscles, le coeur, c’est le moment le plus difficile après avoir nagé et roulé, le corps est donc déjà bien fatigué. Les séances d’entraînement sont principalement axées sur l’endurance avec du fractionné, travail en côte, footing long…

Heureusement, toutes ces séances préparent à un effort long, l’essence même d’un raid, surtout quand il se déroule sur quatre jours… Même sans avoir pagayé une seule fois ou couru sur des terrains accidentés, le triathlon permet de programmer le corps pour s’adapter à ces différentes disciplines pas toujours évidentes à pratiquer en ville. Le raid fut donc pour nous une nouvelle expérience, mais notre condition physique n’en a pas pour autant souffert.

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De la théorie à la pratique, 1, 2, 3, ramez !

Jeudi 16 novembre, réveil au bivouac matinal et malgré le décalage horaire, les 180 participantes sont enthousiastes et motivées pour la première épreuve du raid. Les organisateurs veulent bien faire les choses et la compétition commence doucement, comme un petit échauffement aux trois jours qui suivront… Pour cette mise en jambes il faudra surtout faire travailler les bras : 7, 5 km de kayak à parcourir dans la mangrove avec un finish en course à pieds sur quelques petits kilomètres, à plat. Aucune difficulté supplémentaire, la météo est bonne, un peu chaude, et l’eau plate, sans courant ni vague. Le kayak à trois, voilà un premier défi à relever. Pour l’organisation, on met Stéphanie la nageuse et donc plus puissante des bras à l’arrière, Muriel au milieu et Anne devant. Le plus compliqué est de parvenir à pagayer de façon synchronisée, mais notre bonne entente suffit à faire en sorte que tout se passe bien, dans un rythme assez soutenu, en tout cas sans s’économiser… Mais les bras chauffent vite, l’effort n’est pas banal et tenir près d’une heure la cadence n’est pas de tout repos ! Finalement nous nous rendons compte que sans avoir préparé ce genre d’exercice, nous avons les capacités de le faire, et surtout de ne pas finir dernières ! La course à pied dans la foulée n’est qu’une formalité, l’habitude de finir une course en courant nous permet de terminer l’épreuve sans trop se pousser à bout.

Trail sauvage et randonnée…

La première épreuve n’a pas laissé de trace dans les muscles, la récupération avec une petite séance de natation a permis de se remettre sans courbature. Un point rassurant avant de prendre le départ du premier trail du raid, au petit matin le vendredi 17 novembre !

Départ en côte, et c’est parti pour 10,5 km de « balade » dans la montagne martiniquaise, en pleine chaleur sous un soleil éclatant. Partir en courant, ok ! Mais tenir la foulée en pleine montée et dans la forêt sur un terrain bien accidenté, nous ralentissons le rythme très vite ! Surtout quand nous ne savons pas comment nous allons réussir à gérer les kilomètres qui suivent… Le trail se transforme donc très vite en randonnée. Il fait chaud, très chaud, ça grimpe, vraiment beaucoup au début… C’est là qu’on se rend compte qu’il est difficile de tenir un tel effort lorsque l’on n’a pas l’habitude ! Un footing de 10 kilomètres, ça, nous savons faire ! Mais courir dans la terre sur 500 m de dénivelé… Nous finirons avant-dernières en presque 4 h 30 min, mais nous aurons bien profité du paysage. Même si l’effort fut long, les corps ne sont pas trop usés et nous pouvons aborder, toujours motivées, la deuxième épreuve du jour. Le kayak est désormais notre point fort, on donne tout sur ces 9 km à ramer comme jamais ! Le chrono nous donne raison, 1 h 13 de course, 23e sur 60, les Trimarrantes se sont découvert une nouvelle passion.

Le troisième jour est le point d’orgue du raid. Le fameux trail dans la forêt, 16 km sur 900 m de dénivelé, vu l’expérience de la veille, nous savons que nous allons souffrir. Il fait toujours chaud, et le départ est impressionnant : une montée vertigineuse pour rentrer dans la forêt et grimper plusieurs centaines de marches ! Au pas, nous partons et faisons assez vite accélérer le rythme cardiaque, la journée va être longue… Tout au long des 16 kilomètres, le temps se couvre et la pluie s’invite. Le trail se fait donc en majeure partie dans la boue, pas évident d’avancer correctement, ça change du bitume !

Et les parties escarpées, à devoir s’accrocher à une corde pour passer d’abord en descendant, puis en remontant… la course se transforme en véritable aventure dans la jungle. Il faut donc tenir, s’accrocher, éviter de tomber et s’entraider. Les corps sont fatigués, plus pour certaines que pour d’autres, et c’est le mental qui va prendre le dessus pour aller jusqu’au bout. Muriel a mal aux jambes, la gestion de la nutrition devient compliquée avec le temps qui passe et la ligne d’arrivée est encore loin. Finalement, nous ne passons pas la barrière horaire et le trajet est raccourci. Nous finissons après une dernière grosse averse, une dernière ligne droite en petite foulée, et la fin d’un défi en partie relevé… Le bilan d’une telle journée est mitigé, même si nous ne sommes pas préparées directement à ce genre d’effort, la tâche fut difficile, mais en tant que « sportives au quotidien », aurions-nous pu faire mieux ? Avions-nous ce qu’il fallait pour se nourrir correctement sur ce trail que nous bouclerons en plus de six heures ?… Une chose est sûre, nous avons appris qu’il nous manquait une préparation spécifique pour affronter une course avec autant de dénivelé.

Détente à vélo et finish en fanfare

Dernier jour, dernière discipline à découvrir : le VTT. Rouler, on connaît et on adore ! Mais sur le Raid des Alizés, le parcours va nous réserver quelques belles surprises… De la boue, des côtes, du sable, une traversée de rivière… les obstacles sont nombreux et pas faciles à franchir, mais les parties roulantes sont magnifiques et nos jambes nous emmènent jusqu’à l’arrivée sans trop de difficultés et avec beaucoup de plaisir ! Se remettre du trail de la veille en appréciant cette épreuve, le meilleur moyen de soigner les muscles et de regonfler la motivation. Nous sommes ravies de cette course, sans doute aussi poussées par les retrouvailles avec une discipline que nous pratiquons régulièrement, et donc rassurées de connaître nos aptitudes.

Au moment de poser les vélos, nous sommes presque déçues de ne pas en faire plus ! Mais il faut enchaîner avec le kayak, 5 km sur une mer plate et sous un soleil étouffant. Plus difficile qu’à vélo, nous donnons tout ce qu’il nous reste dans les bras avec quelques soucis d’orientation… Tant pis, le raid touche à sa fin, un dernier effort en course à pied le long de la plage et c’est l’émotion qui prend le dessus sur toutes les douleurs physiques et autres fatigues que notre corps peut ressentir. Accueillie par toutes les participantes et le public, chaque arrivée d’une compétition est un moment particulier et magique à vivre, peu importe le sport. Que ce soit en triathlon ou en raid, le finish est très intense, surtout quand on en fait l’objectif principal pour relever un tel défi !

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Une expérience unique

Les Trimarrantes ont savouré chaque instant de ce raid. Grâce à leur formation de triathlète, elles ont pu aller au bout de l’aventure et même si la performance sportive n’est pas spécialement à retenir, la fierté n’en est pas moins au rendez-vous. Se pousser à bout, sans savoir quelles sont ses limites, c’est aussi une spécificité du triathlon, surtout sur les distances les plus longues. Bien sûr, aucune d’entre nous n’a participé à un Ironman, nous sommes adeptes de la distance M, dite « olympique » : 1,5 km de natation, 40 km à vélo et 10 km de course à pied. Un effort suffisamment long pour tenir la distance sur un raid aussi difficile que peut l’être le Raid des Alizés, c’est une conclusion que nous pouvons tirer, et pour aller plus loin, il suffira juste de se préparer peut-être un petit peu plus sur les deux mois avant le départ… Nous rentrons sans blessure, les muscles fatigués, mais avec une bonne récupération passée au bord de la mer les jours d’après… et à envisager notre prochain défi, peut-être encore plus fou ! Eh oui, le triathlon nous donne confiance en nous ! ■

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