Spondylarthrite ankylosante & activité physique adaptée : bougez pour combattre les rhumatismes !

La spondylarthrite ankylosante est une maladie rhumatismale. Il s’agit d’une maladie inflammatoire chronique et évolutive. Différentes prises en charge sont possibles, médicamenteuses ou non. L’activité physique adaptée (APA) appartient à l’arsenal thérapeutique non médicamenteux. Une solution de plus en plus exploitée ! Explications

Par Nicolas Deslys, Florian Borie et Alexandra Ligeard, enseignants en activité physique adaptée

 

La spondylarthrite ankylosante est une maladie rhumatismale qui touche 0,35 % de la population en France. Il s’agit d’une maladie inflammatoire chronique et évolutive. Cela signifie qu’elle tend à s’aggraver avec le temps. Elle commence chez les personnes jeunes, généralement chez des hommes de 15 à 40 ans (3 hommes pour 1 femme). En effet, 85 % des rhumatismes des hommes de moins de 30 ans sont dus à une spondylarthrite ankylosante et 10 à 15 % des spondylarthrites ankylosantes débutent avant l’âge de 15 ans, la forme tardive après 50 ans est plus rare et représente 8 % des cas (1).

Une maladie inflammatoire chronique et évolutive

Cette maladie touche généralement la colonne vertébrale, mais peut aussi se manifester au niveau des articulations. Elle se traduit par des douleurs, une fatigue importante et une perte de souplesse des articulations qui peuvent devenir très handicapantes dans les activités quotidiennes. Des déformations de la colonne vertébrale peuvent apparaître avec le temps. L’inflammation s’attaque aux cellules qui composent l’articulation, au cartilage et aux cellules souches qui le fabriquent, appelées « chondrocytes ». Les causes exactes de la maladie ne sont pas encore connues avec précision, mais elles seraient liées à un ensemble de facteurs génétiques et/ou environnementaux.

Du côté des facteurs génétiques, nous constatons que 80 à 90 % des patients souffrant de la maladie sont porteurs du gène HLA (Human Leucocyte Antigene) B27, présent chez 7 à 8 % des Français. Ce gène provoquerait un défaut de nos défenses immunitaires. Mais toutes les personnes porteuses de ce gène ne sont pas atteintes par la maladie. Inversement, il est possible d’être atteint par la maladie sans être porteur du gène (1 et 10).

Le corps s’auto-attaque

Dans les cas de spondylarthrite ankylosante, les globules blancs, que l’on appelle aussi « lymphocytes », dirigeraient leurs attaques, non pas vers une bactérie ou un virus comme cela doit être le cas, mais vers ses propres cellules. Les cellules attaquées seraient notamment celles du tissu articulaire et du cartilage (chondrocytes). Le corps s’attaque lui-même, c‘est ce que l’on appelle « l’inflammation » !

Concernant les facteurs environnementaux, certaines formes de spondylarthrite ankylosante surviennent après une infection bactérienne ou virale. Le germe infectieux n’est pas présent au sein de l’articulation, mais plusieurs de ses constituants (protéines) sont encore présents, laissant penser à l’organisme qu’il est infecté au niveau de l’articulation, ce qui va déclencher une réaction inflammatoire, au sein de la capsule articulaire, entre les cartilages où se trouve aussi le liquide synovial, véritable lubrifiant de nos articulations.

Quels traitements ?

Le rhumatologue coordonne la prise en charge, en général multidisciplinaire, en collaboration avec le médecin traitant. La voie médicamenteuse s’est montrée très efficace pour soulager les douleurs, notamment par des antalgiques et des anti-inflammatoires non stéroïdiens, ainsi qu’un traitement à base de cortisone (une hormone anti-inflammatoire stéroïdienne). Beaucoup de travaux scientifiques sont en cours pour trouver de nouveaux médicaments efficaces permettant de stopper les douleurs et l’inflammation (5,7). L’objectif de ces recherches est de trouver une molécule qui arrêtera l’effet du gène HLA (Human Leucocyte Antigene) B27 (3 et 10) et de stopper la maladie à la source. Le rhumatologue individualise les posologies médicamenteuses de la personne atteinte de spondylarthrique selon son diagnostic et le degré de la maladie.

Parallèlement à la prise en charge médicamenteuse, un programme d’activité physique adaptée permet une meilleure mobilité articulaire, notamment au niveau des hanches et de la colonne vertébrale. Il a été démontré une baisse des douleurs et une amélioration de la santé générale, de la condition physique, de l’autonomie et de la qualité de vie chez les patients (2,8,9).

Qu’est-ce que l’ « activité physique adaptée » ?

Définie par la Société française des professionnels en Activité physique adaptée (SFP-APA), « l’Activité physique adaptée (APA) regroupe l’ensemble des activités physiques et sportives, adaptées aux capacités de la personne. Elles sont dispensées par des personnes spécifiquement formées aux techniques et modalités d’adaptation à des fins de rééducation, réhabilitation, réinsertion, d’éducation et/ou de participation sociale ». Le professionnel en APA vise le renforcement des capacités biologiques, cognitives, psychologiques et sociales de la personne par la médiation d’activités physiques, sportives et/ou artistiques. En d’autres termes, il s’agit d’accorder une place prépondérante au corps en mouvement en tant que vecteur d’épanouissement personnel.

Intérêt de l’activité physique adaptée

La pratique d’une activité physique adaptée doit tenir compte de l’état du patient et de sa maladie. Il est nécessaire d’adapter sa pratique, et d’éviter de mobiliser sa colonne vertébrale de façon trop importante au moment où la maladie est active, d’où l’intérêt d’un accompagnement professionnel. Dans tous les cas, il est indispensable de demander conseil à son médecin, afin de connaître les contre-indications de la pratique d’une activité physique. Des études ont relevé une diminution de l’inflammation chez des patients souffrant de diverses maladies inflammatoires ayant suivi un programme d’exercices musculaires ou d’endurance modéré. Nous savons qu’il existe un rapport direct entre la performance physique et la qualité de vie du patient. L’activité physique agit aussi positivement sur l’anxiété et les humeurs dépressives. Il y a donc un impact de l’APA autant physiologique que psychologique. Le fait de ne pas pratiquer d’activité physique accentue les symptômes liés à la maladie et diminue l’endurance physique (8,5). Au travers d’outils d’évaluation, on constate que l’entraînement en endurance améliore la distance de marche et la capacité aérobie (endurance). L’effort doit être modéré lors de ces entraînements, et répété 2 à 3 fois par semaine sur 20 à 30 minutes selon l’état du pratiquant (2,8, 9).

Comment pratiquer ?

Si vous pratiquez la musculation, il faut modérer les charges et favoriser un nombre élevé de répétitions, entre 12 et 20 jusqu’à 65 % de la charge maximale dite « 1 RM ». Cette charge maximale correspond à la charge que le sujet ne pourra soulever qu’une seule fois. Il est également recommandé de favoriser des séances d’activité globale et poly-articulaire deux à trois fois par semaine. Les étirements sont très importants et doivent être réalisés quotidiennement, plus particulièrement avant et après une activité physique. Ils vont permettre de lutter contre les déformations de la colonne vertébrale, et de protéger les articulations avant un exercice. L’endurance ou la musculation à trop haute intensité peut stimuler le processus inflammatoire du système immunitaire. Il est vivement recommandé de pratiquer à une intensité modérée. Une pratique à haute intensité entraînerait des effets contraires à ceux recherchés et obtenus avec une pratique douce. Les sports considérés comme traumatiques et imposant des chocs directs et répétés au niveau du dos, tels que le rugby, le karaté, le judo, le VTT et la course à pied, sont déconseillés. Plus que le type d’activité physique, c’est la façon de pratiquer à laquelle il faut prêter attention. En cas de douleurs et de poussées inflammatoires aiguës, il est plus prudent d’arrêter toute activité.

Au vu des différentes études réalisées sur la prise en charge de la spondylarthrite ankylosante, il en ressort que les mesures médicamenteuses (antalgiques, anti-inflammatoires) associées à celles non médicamenteuses (l’éducation à la santé, l’APA) constituent la stratégie la plus efficace dans le traitement de la spondylarthrite ankylosante (2,4, 9). ■

Bibliographie

1. Amor B., Bouchet H., Delrieu F. « Enquête nationale sur les arthrites réactionnelles de la Société Française de Rhumatologie. » Rev Rhum 1983 ; 50 : 733-43.

2. Wendling, D., Lukas, C., Paccou, J., Claudepierre, P., Carton, L., Combe, B. & Dougados, M. (2014). « Recommandations de la Société francaise de rhumatologie (SFR) pour la prise en charge en pratique courante des malades atteints de spondyloarthrite. » Revue du rhumatisme, 81(1), 6-15.

3. Van der Heijde D, Sieper J, Maksymowych WP, et al. « 2010 update of the interna-tionalASAS recommendations for the use of anti-TNF agents in patients withaxialspondyloarthritis. » Ann Rheum Dis 2011;70:905–8.

4. Pham T, Fautrel B, Dernis E, et al. « Recommendations of the French society for Rheumatology regarding TNF-αantagonist therapy in patients with ankylosing spondylitis or psoriaticarthritis: 2007 update. » Joint Bone Spine2007;74:638–46.

5. Pham T, Bachelez H, Berthelot JM, et al. « TNF alpha antagonist therapy and safety monitoring. » Joint BoneSpine 2011;78:15–85.

6. Karamanlioğlu, D. Ş.,Aktas, I., Ozkan, F. U., Kaysin, M., &Girgin, N. (2016). « Effectiveness of ultra sound treatment applied with exercise therapy on patients with ankylosing spondylitis : a double-blind, randomized, placebo-controlled trial. »Rheumatology international, 36(5), 653-661.

7. Masiero S, Bonaldo L, Pigatto M, et al. « Rehabilitation treatment in patients with ankylosing spondylitis stabilized with tumor necrosis factor inhibitor therapy : ar and omized controlled trial. » J Rheumatol 2011;38:1335–42.

8. Altan L, Korkmaz N, Dizdar M, et al. « Effect of pilates training on people with ankylosing spondylitis. » Rheumatol Int 2012;32:2093–9.

9. de Santé, H. A. (2008). « Diagnostic, prise en charge thérapeutique et suivi des spondylarthrites. » Recommandations professionnelles (La Plaine Saint-Denis : HAS).

10. Degboé, Y., Cornec, D., Neveu, S., Soubrier, M., Allanore, Y., Cantagrel, A., & Maillefert, J. F. (2011). « Quel est l’intérêt du groupage HLA dans le diagnostic de spondylarthrite ? » Revue du rhumatisme, 78, S199-S205.

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