CLAQUAGE DU MOLLET

Le claquage du Mollet

En montant au filet, en allongeant la foulée, vous avez ressenti une douleur dans le mollet. C’est sûrement un claquage. Comment le confirmer? Comment évaluer la gravité? Comment vous soigner? Quand et comment reprendre le sport? SantéSportMagazine vous explique!

Par le Docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport.

Le mollet est constitué de trois faisceaux musculaires. Tous se rejoignent en bas sur le tendon d’Achille qui s’accroche sur l’os du talon. Plus haut, le faisceau profond s’amarre à l’arrière du tibia. Il porte le nom de « soléaire« . Les faisceaux superficiels passent derrière le genou et s’insèrent sur le fémur, l’os de la cuisse. Ils se ressemblent et s’appellent les « jumeaux« . Le premier se situe à la face externe de la jambe, c’est le jumeau externe. Le second longe la face interne, c’est le jumeau interne. Ces jumeaux subissent beaucoup plus de tractions que le soléaire.

En effet, ils franchissent deux articulations : la cheville et le genou. On dit qu’ils sont « biarticulaires ». L’étirement maximum se produit quand la cheville se plie et le genou se tend. C’est votre position quand vous écrasez votre appui pour accumuler l’énergie élastique destinée à votre propulsion. Au cours de ce geste, le mollet freine le mouvement et tire sur les enveloppes musculaires qui partent en sens inverse. À la jonction entre les fibres et les membranes, les contraintes sont énormes. Il arrive que les points d’accrochage lâchent : c’est l’élongation! Parfois, l’enveloppe musculaire se déchire: c’est le claquage!

Comment reconnaître un claquage du mollet?

La description classique se fait chez un tennisman d’une quarantaine d’années qui se voit infliger un amorti par un adversaire malicieux. Il se précipite au filet et ressent soudainement une violente douleur au mollet. S’il joue en double, il est persuadé que son coéquipier lui a donné un coup de raquette dans la jambe. Dans les pays anglo-saxons, cette blessure porte le nom de tennis leg. En réalité les coureurs sont aussi des victimes privilégiées. Cette lésion survient souvent à l’occasion du travail dans les côtes ou lors des séances de fractionnés, particulièrement en phase d’accélération. Si c’est un claquage, vous entendez parfois un claquement et vous ne parvenez pas à finir votre entraînement. En cas d’élongation, il arrive que vous terminiez votre sortie à vitesse modérée.

Votre médecin recueille ces informations à l’aide d’un interrogatoire structuré et exhaustif puis il vous examine. Le plus souvent, il vous est possible de marcher sur la pointe des pieds mais ça fait mal. Même chose en position d’étirement du mollet. À l’inspection, il observe un gonflement et parfois une ecchymose qui coule vers la cheville. En palpant le jumeau interne, il reproduit une vive douleur. L’échographie est l’examen complémentaire de choix pour confirmer et quantifier la lésion. Le radiologue visualise les fibres déchirées qui flottent comme un battant de cloche dans l’hématome. S’il est spécialiste de l’appareil locomoteur, il lui est possible de ponctionner une bonne partie de cet épanchement sanguin. Voilà qui réduira le risque de cicatrice fibreuse.

Comment soigner un claquage du mollet ?

Pas d’aspirine ni d’anti-inflammatoire! Ces produits aggravent le saignement et perturbent les premières étapes de la cicatrisation. Limitez l’hémorragie et stimulez l’évacuation du sang. Pour cela, allongez la jambe et mettez la cheville plus haute que la hanche. Debout, portez des chaussettes de contention. Marchez prudemment mais marchez ! Pour détendre votre mollet, placez des talonnettes dans vos chaussures. Si nécessaire, aidez-vous de béquilles mais appuyez! La rééducation doit commencer le plus tôt possible. Rapidement, votre kinésithérapeute réalise des massages doux destinés à drainer l’hématome. Il peut aussi placer sur votre mollet des électrodes à l’origine de petites contractions. Ces dernières provoquent des variations de pression qui pompent le sang et contribuent à son évacuation. En fonction de vos douleurs, votre kiné vous demande de réaliser quelques contractions musculaires. Souvenez-vous, c’est un mouvement de freinage qui a été responsable de votre blessure. Il faut encore éviter les contractions « excentriques » et préférer les contractions « concentriques ».

Au cours de ces dernières, les fibres musculaires tirent sur l’enveloppe musculaire et l’entraînent dans le même sens. Les points de jonction ne sont pas écartelés. C’est ce qui se produit quand vous montez sur la pointe des pieds ou lorsque vous poussez sur les pédales en faisant du vélo. À ce stade, ces petites tensions sont suffisantes pour orienter la cicatrisation dans l’axe des contraintes. Progressivement, il faut renouer avec un travail excentrique qui assure la préparation du tissu à ces contraintes inhérentes à la course et au saut! Bien sûr, la progressivité s’impose. Au début, il est essentiel de réaliser des contractions lentes au cours desquelles les fibres ont le temps de s’aligner. Peu à peu, il faut accélérer le mouvement. La charge aussi doit augmenter petit à petit. Il en est de même de l’allongement musculaire au départ du geste. Il faut également étirer votre mollet mais doucement et progressivement, au voisinage du seuil douloureux.

Malgré cette « mécanisation » rigoureuse, il est fréquent que des zones de la cicatrice restent enchevêtrées. Si ces magmas fibreux persistent, ils se comporteront comme des maillons rigides dans des chaînes élastiques. Ils seront à l’origine de récidives! Votre kinésithérapeute dispose de techniques efficaces. La plus classique porte le nom de MTP (massage transversal profond). Après avoir mis en tension votre muscle, il frotte vigoureusement perpendiculairement aux fibres. Ça fait mal mais la cicatrice s’assouplit. D’autres méthodes voisines existent. Les ondes de choc sont administrées avec un pistolet qui frappe 2 000 coups en quelques minutes. Le laser balaye la zone fibreuse et fait éclater les protéines qui la constituent. En 6 à 8 semaines, votre mollet a reconstitué un muscle fort, souple et endurant.

N’arrêtez pas le sport!

Vous l’avez compris, l’activité musculaire guide la cicatrisation. Ainsi, le sport fait partie du traitement! Il s’agit juste d’accroître très progressivement les contraintes mécaniques. Le geste est validé chez le kinésithérapeute puis décliné en salle de sport ou sur le terrain.

Dès les premiers jours, allez nager. Commencez avec un pull-boy et tirez fort sur les bras pour travailler votre cardio. Dès que possible, passez à la brasse. La modeste contraction musculaire du mollet draine l’hématome. En salle, profitez des vélos à bras pour vous entraîner intensément. Le vrai vélo est possible très rapidement. Souvenez-vous, il s’agit d’une contraction concentrique indépendante du poids du corps; le stress tissulaire est très limité.

À 15 jours du traumatisme, il est possible de pédaler vigoureusement et de débuter le fractionné. Parallèlement, pratiquez l’elliptique en douceur. Voilà qui vous rapproche du mouvement de course à pied alors que la contraction reste concentrique. Au cours de cette période, n’hésitez pas à sautillez dans l’eau. Avec de l’eau jusqu’aux épaules, vous pesez 10 % de votre poids de corps. Faites de l’aquagym, inventez-vous de l’aqua-tennis en réalisant les déplacements tennistiques dans le petit bain de la piscine. Continuez ces exercices en diminuant peu à peu la profondeur de l’eau.

À 3 semaines, montez dans les tours sur elliptique! Simultanément reprenez la marche sur tapis. Mettez un peu de pente afin d’étirer votre mollet en douceur.

Après 4 semaines, renouez avec le trottinement. Là encore, le tapis se révèle intéressant pour codifier avec précision l’augmentation de la vitesse et de la durée.

Après 6 semaines, les séances de course gagnent en intensité. Le travail au seuil est possible, les accélérations douces jusqu’à VMA aussi. Sur le terrain de tennis, les déplacements latéraux sont les bienvenus et quelques exercices éducatifs faciles sont permis. À l’issue du deuxième mois, attaquez le fractionné en côte et les échanges intensifs. Dans la foulée, reprenez la compétition !

Et si c’était une rupture du tendon d’Achille?

Le tendon d’Achille relie le mollet à l’os du talon. Il transmet la force de contraction. Sa rupture survient dans les mêmes circonstances que le claquage du mollet. La douleur est quasi identique. Heureusement, votre médecin du sport peut faire la différence. La victime ne parvient pas à monter sur la pointe des pieds. Lorsqu’elle est allongée sur le ventre, en comprimant le mollet, le médecin ne provoque pas de mouvement du pied: la corde est complètement déchirée ! Échographie ou IRM confirment le diagnostic. Faire la différence se révèle essentiel! Un muscle est un tissu souple: un claquage bénéficie d’un traitement intégrant une mobilisation précoce et une rééducation immédiate. À l’inverse, un tendon est une structure rigide. Une rupture du tendon d’Achille impose un repos strict et le plus souvent une intervention chirurgicale.

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