Rencontre: Philippe Dieumegard – Le défi des «6 jours extrêmes»

Philippe Dieumegard Boutique KM0

Spécialiste de l’ultra-distance, tout jeune retraité, Philippe Dieumegard a battu en décembre dernier son propre record du monde de distance sur home trainer, à la boutique KM0.  Nous avons rencontré Philippe Dieumegard quelques jours avant son défi.

Propos recueillis par Gaëtan Lefevre

 

Depuis près de trente ans, Philippe Dieumegard est un ultra-athlète amateur. Ancien employé dans les télécommunications, il est un jeune retraité depuis cette année. Un temps libre qu’il a consacré à sa préparation pour son défi des «6 jours extrêmes» à vélo. Au cours de celui-ci, l’athlète de 61 ans va parcourir un maximum de kilomètres sur son home trainer pendant 144 heures. Son objectif est de battre son propre record, réalisé l’année dernière, soit parcourir plus de 2 854 km.

Comment s’est passée votre préparation pour ce défi des «6 jours extrêmes»?

Bien! Je reviens tout juste d’une course de 24 heures sur Évreux. Je l’ai réalisée en relais avec un ami. Il s’agissait de ma dernière répétition générale: en pédalant presque 24 heures et en passant une journée sans dormir.

Ce sera votre troisième défi de 144 heures sur home trainer…

Oui! Je l’ai déjà fait l’année dernière et il y a deux ans. Je détiens le record avec 2 854 km parcourus. Mais, cette année, je serai tout seul. (Les années précédentes, il était accompagné de coureurs à pie : Manuel Da Cunha ou Pierre-Michael Micaletti.) Je n’aurai plus mes collègues courant sur tapis à côté de moi. En réalité, je serai bien entouré. Deux personnes m’accompagnent tout le long du défi et d’autres personnes passeront me voir.

Quel est votre objectif?

J’espère bien faire au moins un kilomètre de plus! L’idéal serait de passer la barrière des 2 900 km. Mais il faut rester prudent et humble car sur les gros challenges, on ne sait jamais comment on sera le jour J.

Avez-vous changé votre manière de vous préparer pour battre le record cette année?

Je ne m’entraîne jamais de la même façon. J’aime également expérimenter de nouveaux entraînements. Le gros avantage cette année est évidemment que je ne travaillais plus. J’ai donc pu me préparer avec un peu plus de volume d’entraînement, mais surtout avec une qualité supérieure. Je n’étais pas pris par le temps. Je n’étais pas constamment en train de regarder ma montre. J’ai également pu compléter mon entraînement avec de la préparation physique: travail de gainage, de pompes… pour rééquilibrer mon corps.

Globalement, je réalisais quatre entraînements à vélo, trois sorties de course à pied, trois séances de préparation physique et plus de temps dédié à la récupération. Logiquement, je suis mieux préparé que les années précédentes pour battre le record. J’y crois!

Expliquez-nous comment se déroulent les journées sur le vélo pendant le défi.

Je passe en moyenne 19 heures par jour sur mon vélo. J’ai donc 5 heures de repos. Je mange en pédalant, même si je fais, une fois par jour, un repas assis, à table, pour manger correctement. Celui-ci m’aide à faire le vide, à sortir de l’univers du vélo, à quitter l’endroit où je souffre.

Il s’agit d’un jeu d’échec avec soi-même. Si j’ai pris un peu d’avance, je peux décider de prendre un peu plus de repos… J’ai un kilométrage journalier pour être dans le record… que je garde pour moi. Je sais donc si je suis en avance ou en retard.

Vos repas sont-ils également prédéfinis?

Oui, mais souvent on module en fonction de ses ressentis. Après 10 heures d’effort, on a des hauts et des bas en permanence. Si l’on est bien, il faut en profiter au maximum, et s’arrêter dans une période plus faible. Je consomme aux alentours de 12 000 calories par jour. J’essaie de manger toutes les 10 minutes, et surtout de bien m’hydrater. Lorsque je n’ai plus envie, ou que je ne peux plus m’occuper de cela, des coéquipiers me rappellent que je dois me nourrir.

Lorsque vous réalisez ce genre de défi, des études s’opèrent-elles en même temps, sur vous ou vos coéquipiers ?

Normalement oui! L’INP (Institut national de podologie) sera présent pour continuer leurs études sur le pied. (Voir ci-dessous)

Quelles sont les blessures ou douleurs auxquelles vous êtes confronté sur ce défi?

Le plus gênant est l’entrejambes. Après 19 heures de vélo, les douleurs surgissent. Je dirais qu’elles sont supportables trois jours. Après, c’est dur ! Chaque fois que l’on monte sur la selle, il faut une bonne demi-heure avant qu’elles ne s’atténuent. Il y a également l’appui des mains sur le guidon. Après le défi, pendant un mois, tout ce que je prends m’échappe des mains. Les lombaires et les trapèzes peuvent également être des zones de douleur. Mais bizarrement, au fil du temps, ces douleurs disparaissent. Le paradoxe de ce défi est que ce ne sont pas les jambes les zones douloureuses. Ce sont finalement les points d’appui qui font le plus mal.

Faites-vous attention à votre position sur le vélo?

Pas vraiment! Sur la selle, je varie constamment les postures pour éviter les douleurs et ne pas rester statique. Si j’ai mal quelque part, j’effectue des mouvements sur mon vélo. Je vais me doucher et/ou me faire masser.

Quand vous êtes sur votre vélo, à quoi pensez-vous?

C’est très variable ! Il faut que je sois en veille permanente au niveau du cerveau. Je deviens vraiment un homme machine. J’essaie de ne pas avoir de pensées. J’essaie de ne pas avoir d’émotions. Je me concentre sur: «boire et manger». Si je ne vais pas bien, j’ai des stratégies pour compenser. Par exemple, j’utilise les personnes: je discute avec eux, j’observe. Si je vais bien, à l’inverse, je focalise mon énergie sur ce dont j’ai besoin: tourner les jambes, pédaler… Je m’économise sur le moindre geste… même pour prendre le bidon. Pas d’influx autre que ce que je dois faire. Il faut également que je reste lucide sur ma maîtrise du sommeil.

J’ai toujours mon plan de marche et toutes les heures, je dois savoir où j’en suis. Il ne s’agit pas d’une obsession de kilométrage car ce serait une erreur. Pédaler est devenu mon expression corporelle… plus que marcher.

Pour récupérer sur vos cinq heures de repos, que faites-vous?

La récupération doit être absolue. Tout se joue dans la récupération, dans les phases de repos. J’ai cinq heures par jour, une ou deux heures que je passe allongé. J’ai donc travaillé pour entrer directement en sommeil profond. Je réalise des pré-sommeils sur mon vélo, avec de la visualisation. Ainsi, lorsque je vais me coucher, je m’endors profondément en moins d’une minute. Je dors 20 minutes. Je réalise cinq siestes par jour, profitant de mes cinq portes de sommeil de la journée. Si j’en loupe une, je sais que l’autre sera dans quatre heures. Toutefois, il arrive que l’on soit dans l’hyperfatigue, les règles ne tiennent plus. Il faut juste se reposer!

Philippe Dieumegard

L’INP: À l’étude

Cette année encore, l’INP (Institut national de podologie) devrait réaliser une étude «biomécanique dynamique» lors du défi des «6 jours extrêmes». Celle-ci portera sur la fatigue du corps lors d’une pratique sportive aussi longue. Elle s’intéresse à la fatigue du pied et à ses déviations, à la position du genou et du pied pendant les six jours de vélo, à la position du cycliste sur sa selle. Les années précédentes, l’étude s’intéressait à la course à pied. Cette année, elle pourra se concentrer sur le cycliste. Évidemment, les podologues recherchent, derrière ces analyses biomécaniques, l’intérêt de semelles de podologie.

Crédit photos: Stéphane Felicite

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