RENCONTRE: Élodie Arrault, la reine de l’Ennedi

Elodie Arrault et Gounih - Le Treg

Élodie Arrault est une sportive «outdoor». La nature est son terrain de jeu. Elle pratique le running, le trail, l’ultra-trail, le triathlon, le ski de fond avec à chaque fois de belles compétitions à son palmarès: la Diagonale des Fous, l’Ironman d’Embrun ou la Transjurassienne. Elle invente aussi ses propres aventures.

SantéSportMagazine a rencontré celle qu’on surnomme, sur le Treg, «la reine de l’Ennedi».

Par Gaëtan Lefevre

À 46 ans, Élodie Arrault est mère de trois enfants. Elle travaille pour une ONG et a fondé, avec son compagnon, Luck-it: une plate-forme dédiée à l’achat et à la revente de dossards. Malgré le temps qu’exigent sa vie de famille et les contraintes professionnelles, elle s’est organisée pour s’entraîner (presque) quotidiennement. Elle jongle également entre sa vie professionnelle à Paris et sa maison dans le Sud. Une vie qui ne facilite pas les entraînements. Mais Élodie symbolise bien la formule «quand on veut, on peut»!

Élodie Arrault a commencé le sport d’endurance à 38 ans, en participant à la course Marseille-Cassis, après une carrière de sportive somme toute modeste, qui comptait une heure de tennis par semaine et un peu de natation. Aujourd’hui, elle pratique tout! Elle court, elle pédale, elle nage… elle se livre même au char à voile, avec sa traversée du lac Baïkal, ou au «drom and run», selon son expression, un mélange de course à pied et de balade en dromadaire, sa dernière expérience sur le Treg. Elle choisit ses challenges sportifs en fonction de ses coups de cœur et de ses envies de voyage. Une belle approche mêlant sport et aventure qu’elle nous a gentiment racontée!

Cette année encore, vous avez décidé de participer au Treg…

C’est la troisième fois! J’avais participé à la première et à la deuxième éditions. J’ai uniquement manqué celle de l’année dernière, car j’étais sur le lac Baïkal. Cette année, mon conjoint la courait en version classique. Moi, j’ai réalisé une version un peu particulière, avec un dromadaire.

Pouvez-vous nous expliquer ?

Je prévois une grosse expédition qui aura lieu, je pense, dans un an et demi, à travers l’Afrique. Je souhaite partir d’Algérie pour rejoindre le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud. Il y aura différentes aventures avec de la course à pied, du vélo, du char à voile… et sûrement une méharée, c’est-à-dire un voyage à dos de méhari, un dromadaire commun en Afrique du Nord et au Sahara. Sur cette aventure, j’aimerais bien être autonome. Il faut donc que j’apprenne à connaître l’animal. J’ai fait un premier petit stage en France, car il existe une fédération des chameaux et des dromadaires. J’ai donc demandé à l’organisation du Treg si je pouvais participer avec un chamelier et un dromadaire. J’ai appris à le conduire mais aussi à le monter. Cela a été un «drom and run», un mélange de course, de trek et de dromadaire! Le rythme était différent, car l’animal devait se reposer la nuit. Avec le nomade, nous sommes donc partis la veille du départ des autres coureurs. Nous nous arrêtions environ cinq heures par nuit pour donner à manger au dromadaire et lui permettre de se reposer. C’était une expérience très différente ! Un peu moins engagée physiquement, même si monter un dromadaire n’est pas si reposant, car il faut continuellement le stimuler et se maintenir dessus.

Mon projet consiste également à montrer la «bonne espérance», d’où le choix du lieu d’arrivée. Aller à la rencontre des personnes qui s’investissent et des associations qui agissent. À travers le sport mais pas uniquement! Pour finir, le retour devrait se faire en voilier.

Pour en revenir au Treg, est-ce très différent des trails que l’on connaît en Europe?

Oui et non! Le Treg reste une course non-stop comme ailleurs. Mais elle se déroule dans un environnement hors du commun et dans un contexte géopolitique compliqué, même si le lieu est très sûr. Le site est devenu, l’année dernière, patrimoine mondial de l’UNESCO. Il est sublime. La course est également très bien organisée. Par exemple, pour s’y rendre, on atterrit à la capitale N’Djaména, puis nous sommes amenés sur le départ de la course par un avion de l’armée. Nous sommes comme des militaires prêts à l’aventure.

Les petits villages éphémères de la course sont organisés par les femmes locales. De nombreux Tchadiens y participent. Il y a une belle mixité sur le camp, ce qui est très agréable. Le Treg est une course très bien ficelée et organisée, que ce soit du point de vue de la sécurité dans le pays comme sur la course.

La gestion de la chaleur n’est-elle pas trop compliquée?

Les trois courses que j’ai vécues ont été très différentes. Il peut faire très chaud la journée ou très froid la nuit. Il peut également y avoir beaucoup de vent, ce qui rend la course plus compliquée. Il y a aussi le sable… et les graines du cramcram, des petites boules qui viennent se coller partout. Dans tous les cas, il s’agit d’une course éprouvante.

Dernière particularité, la course est toujours organisée pendant la pleine lune. Les coureurs ne sont donc quasiment jamais obligés de sortir leur frontale. C’est très agréable de se retrouver tout seul, sans lumière artificielle, dans le désert.

Pour l’alimentation, vous êtes en autonomie…

Ou! L’organisation met à disposition sur les checkpoints de l’eau froide et de l’eau chaude. Cette année, pour moi, c’était un peu particulier, car j’étais avec le nomade. Il avait amené sa nourriture, comme un plat tchadien que l’on appelle «la boule». J’ai donc pu manger local pendant le Treg.

La nutrition est de plus en plus pointue. Avez-vous des produits spécifiques pour faire face à ces conditions?

À 80 %, je consomme des produits naturels: des dattes, des figues, etc. Concernant mon partenaire Apurna, je bois surtout leur poudre de réhydratation que je mélange à mon eau.

Trois jours avant, j’étais allée courir le semi-marathon de N’Djaména. J’avais fait un jeûne dix jours avant cette course. C’était un peu osé! Après ce jeûne, j’ai pris le produit Malto de chez Apurna pour refaire le plein de glucides. Habituellement, je pratiquais le régime dissocié scandinave, là je l’ai un peu augmenté en faisant un jeûne complet pendant cinq jours. Cela a très bien fonctionné! Entre le semi-marathon et le Treg, j’ai consommé des produits de récupération.

Vous avez aussi des projets plus originaux comme la traversée en char à voile du lac Baïkal ou votre expédition en Afrique. L’aventure est-elle un nouveau défi?

Avant, je m’étais lancée dans l’aventure du sport. Maintenant, c’est le sport dans l’aventure. Il s’agit d’une autre façon de vivre, et pas uniquement sportive, car il faut, au quotidien, se préparer: physiquement mais aussi le matériel, le voyage… et financièrement. Le sport reste mon leitmotiv mais avec l’aventure comme challenge supplémentaire.

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