JE COURS DONC JE MÉDITE…

La course à pied, c’est bon pour le cœur et le moral, c’est démontré ! La méditation dite « de pleine conscience » a également scientifiquement validé son efficacité pour lutter contre les maladies cardiovasculaires, le stress et la dépression. Et si ces deux activités se ressemblaient étrangement !

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport.

 

La méditation n’a rien d’une discipline sectaire encadrée par des gourous. Même si elle reste d’inspiration orientale et bouddhiste, sa version occidentale dite « technique de pleine conscience » est désormais laïque et scientifique. Elle est entrée dans le monde médical depuis les études menées par le professeur Jon KABAT-ZINN de l’université du Massachusetts. Mathieu RICARD, le moine chercheur, fait partie du Mind and Life Institute. Il a facilité les rencontres entre le monde hospitalo-universitaire et le bouddhisme. Mais qu’est-ce que la méditation ? Jeanne SIAUDFACCHIN, psychologue renommée, propose une étonnante définition : « Méditer, c’est s’arrêter ! ». Rien d’incompatible avec le footing, bien au contraire ! Méditer, comme courir, c’est arrêter de répondre aux multiples sollicitations extérieures pour prendre rendez-vous avec soi-même et se concentrer sur ses sensations corporelles !

La méditation : une pratique éminemment corporelle !

Dans son best-seller, «­Méditer jour après jour », le psychiatre Christophe ANDRÉ insiste : « La méditation est une pratique éminemment corporelle ». En effet, elle nous apprend à accueillir toutes les sensations issues de notre organisme : la respiration, la position, le toucher, les tensions musculaires. Nous sommes finalement assez proches de la notion du schéma corporel, inhérente à la pratique sportive. Contrairement à la relaxation, la pratique n’invite pas forcément à modifier ces sensations, même désagréables, juste à les accepter tout en les diluant parmi d’autres. Voilà qui rappelle le compétiteur éprouvant de la difficulté, voire des douleurs, mais qui s’efforce de finir son épreuve ! La méditation nous suggère de vivre l’instant présent et tous ces petits moments de bonheur véhiculés par nos sens : un rayon de soleil à travers les feuilles, une douce brise sur notre visage, le bruissement du gravier sous nos pas, le chant d’un oiseau, le goût d’un raisin sec quand la fringale nous taquine ! Incontestablement, la joie ressentie dans ces circonstances est amplifiée au cours d’un footing. Loin des plaisirs artificiels, la course nous permet de renouer avec nos besoins fondamentaux : soulager sa faim, sa soif et sa fatigue !

La course à pied : une pratique éminemment spirituelle !

Au cours de votre footing, votre esprit est à l’écoute de votre corps. L’accueil des sensations respiratoires constitue la première étape des protocoles de méditation. Il en est de même lors de l’initiation à la course. Il faut toujours commencer en « aisance respiratoire ». Progressivement, il est judicieux d’accélérer un peu pour atteindre « l’intensité santé » vantée par les cardiologues. À cette vitesse, votre rythme respiratoire est tel que vous pouvez « parler, mais pas chanter ». Les plus aguerris connaissent les perceptions d’un « essoufflement léger » lors d’un travail continu au « seuil » ou d’un « essoufflement net et croissant » à l’occasion d’une séance fractionnée en « dynamisation du seuil ». Ces subtiles variations sont parfaitement analysées par les plus expérimentés sans l’aide de leur cardiofréquencemètre : ils sont parfaitement reliés à leur souffle ! Le scanner corporel est un point clé de la progression en méditation. Il consiste à rechercher l’ensemble des sensations venues du corps, notamment les positions articulaires. Là encore, nous sommes très proches des perceptions du coureur concentré sur sa foulée. En plein effort, il analyse le déroulé de son pied, améliore son geste, travaille ses appuis entre ornières et pierriers ! Cette finesse de perception des mouvements articulaires est à rapprocher du « sens du train ». Ceux qui pratiquent depuis des années sont capables de vous indiquer à 0,2 km/h près quelle est leur vitesse ! Vivre l’instant présent et accueillir les «­petits moments de bonheur perçus par nos sens » constituent de grands plaisirs du footing. Souvenez-vous d’Anne VILET, notre médecin du sport et coureuse de fond, interviewée dans SantéSportMagazine (n°18). Lors de ses longues sorties, elle se sentait en « communion avec la nature ». Comme si elle méditait, elle cheminait sur la route de la «­conscience globale­ ». Elle semblait percevoir qu’elle fait partie d’un « tout ». Pareille aux forêts et ruisseaux, elle se savait poussière d’étoile ! Le méditant assis est fréquemment invité à se comparer à une montagne. Il est encouragé à se sentir fort et stable malgré le vent, la pluie et les tempêtes. Voilà qui ressemble étonnamment à l’ultra-trailer gravissant les pentes humides et glissantes, acceptant les intempéries pour mener à bien son parcours ! Alors, si la méditation vous tente, il est hautement probable qu’elle parviendra à affiner vos perceptions et votre technique sportive. Si vous ne souhaitez pas essayer, continuez à courir en pleine conscience de vos sensations corporelles, en profitant de l’instant présent et des petits bonheurs croisés en chemin, cela n’en sera que meilleur pour votre santé !

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