LE TRIATHLON SPORT IDÉAL POUR LA SANTÉ ?

Régulièrement abordé par les médias et au programme de l’actuel gouvernement, le sport-santé est dans l’air du temps. La diversité et la complémentarité des disciplines du triathlon semblent répondre aux critères du sport-santé. SantéSportMagazine et les médecins de la Fédération française de Triathlon font le point.

PAR LES DOCTEURS CLAUDE1, MARBLE2,3, OLIVIER1 ET GALERA4,5

Dans nos populations dites occidentales, pour faire face à l’épidémie de pathologies liées à la sédentarité (obésité, diabète de type 2, hypertension artérielle…), la promotion des activités physiques et sportives est devenue un véritable enjeu de santé publique. Pas une semaine ne passe sans qu’un article, un journal télévisé, ne nous relate les bienfaits du sport pour la santé.

LE SPORT-SANTÉ : UN SUJET D’ACTUALITÉ

Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi et les activités physiques et sportives sont longtemps restées contre-indiquées pour un certain nombre de pathologies chroniques (cardiaques, respiratoires telles que l’asthme…). Au scepticisme de certains professionnels s’ajoutait en effet l’inquiétude du patient. Il est vrai qu’au cours des maladies cardio-vasculaires et respiratoires par exemple, l’effort est souvent source d’appréhension et d’anxiété. En effet, c’est au cours de l’effort physique que se majorent la fatigue et l’essoufflement, voire les phénomènes douloureux. L’exercice est vécu comme un danger et le patient entre alors dans une spirale dans laquelle la sédentarité induite vient aggraver le déconditionnement à l’effort et accentuer les manifestations cliniques de la maladie. S’installe ainsi de façon progressive un cycle d’auto-aggravation de la maladie précipitant les complications et se traduisant par un alourdissement de la morbi-mortalité. Si l’idée que « le sport, c’est la santé » était pourtant une conviction ancienne pour d’autres, il manquait il y a encore quelques années des recommandations de sociétés savantes fondées sur des preuves scientifi ques pour lancer une véritable politique de santé publique sur le « Sport- Santé ».

Ces preuves scientifiques sont arrivées en 2008, sur la requête du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, par la voie de l’INSERM (Institut national de la Santé et de la Recherche médicale) qui a publié un rapport d’expertise intitulé « Activité physique : contextes et effets sur la santé ». Cette expertise est basée sur l’analyse de près de 2 000 articles scientifiques.

LES BIENFAITS DE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE ET SPORTIVE POUR LA SANTÉ

Cette expertise de l’INSERM apporte la preuve scientifique que l’activité physique et sportive pratiquée régulièrement est un déterminant majeur de l’état de santé des individus et des populations à tous les âges de la vie, tant en prévention que comme moyen thérapeutique pour nombre de pathologies chroniques. Elle constitue un facteur majeur de prévention des principales pathologies chroniques (maladies cardio-vasculaires, diabète, cancer du côlon ou du sein…). Par exemple, il a été prouvé que l’activité physique permettait de prévenir l’apparition du diabète de type 2 dans 60 % des cas. Elle participe également au contrôle du poids corporel chez l’adulte et l’enfant. Chez les sujets hypertendus, l’activité physique fait aussi bien, voire mieux, qu’un médicament antihypertenseur isolé ! Mais les effets sur la santé ne se limitent pas à ces domaines « organiques ». La pratique régulière d’une activité physique et sportive est également associée à une amélioration de la santé mentale (anxiété, dépression) et diminue même le risque de maladie d’Alzheimer. Sur le versant thérapeutique, l’activité physique est désormais un traitement à part entière au cours d’affections chroniques invalidantes, telles que l’insuffisance respiratoire chronique par la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), les maladies cardio-vasculaires ischémiques et les pathologies métaboliques comme le diabète de type 2. Les activités physiques et sportives en charge (marche, course à pied…) sont également un complément thérapeutique majeur dans la prise en charge de l’ostéoporose, particulièrement chez les femmes avançant en âge, en réduisant de 40 % le risque de présenter une fracture du col du fémur. Fait important, ces activités agissent directement sur l’évolution de ces pathologies, ce qui se traduit par une diminution spectaculaire de la morbidité et de la mortalité (cardio-vasculaire en particulier) : -30 % pour la mortalité globale !

L’incitation à l’activité physique régulière dans la population générale était d’ailleurs un des axes forts du Programme national Nutrition-Santé (PNNS) mis en place par le ministère de la Santé en 2001 (le fameux « Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière » en bas des publicités télévisées). On est malheureusement loin d’avoir obtenu les effets escomptés puisque, selon les études épidémiologiques récentes, la majorité des adultes (54,3 %), des adolescents et des enfants (75 %), en France comme en Europe, ne pratiquent pas le niveau d’activité physique recommandé pour avoir un effet sur la santé et la qualité de vie. Le développement d’une activité physique régulière dans les populations de patients comme dans la population générale est donc une priorité de santé publique.

LE TRIATHLON PEUT-IL ETRE UN SPORT-SANTÉ ?

La spécificité du triathlon est bien entendu en premier lieu de regrouper trois disciplines : la natation, le vélo, et la course à pied et de les enchaîner. L’arrivée du triathlon au début des années 1980 a d’ailleurs totalement bouleversé le concept dogmatique de spécificité, en associant trois sports dont la majorité des contemporains considéraient qu’ils étaient absolument incompatibles. L’évolution des performances des triathlètes, et des connaissances scientifiques et médicales (notamment sur les mécanismes de transfert des aptitudes ou « cross-training ») ont depuis fait mesurer à ces détracteurs des premiers âges l’envergure de leur erreur d’appréciation.

Si l’enchaînement de trois sports pouvait faire craindre une multiplication des risques, notamment de blessures, il n’en est rien en réalité. Une étude épidémiologique réalisée en 2009 chez les triathlètes de la ligue Midi-Pyrénées montrait que 52,4 % des triathlètes déclaraient s’être blessés au cours de la saison précédente, contre 83 % des coureurs à pied. Cette étude révélait que les pathologies de surmenage sont de loin les plus fréquentes en triathlon mais qu’elles conduisent rarement à une prise en charge lourde : elles doivent être prévenues et prises en charge afin de garantir l’observance de la pratique sportive, gage de ses effets bénéfiques sur la santé. La qualité de la visite médicale annuelle de non-contre-indication, trop souvent considérée comme une simple formalité administrative, est déterminante dans cette action préventive afin de permettre au sportif une pratique sans risque de blessures.

Cette étude démontrait également que des trois disciplines, la course à pied reste de loin la plus traumatisante, pourvoyeuse de 72,5 % des blessures rencontrées chez le triathlète. Elle peut pourtant être une discipline de prédilection dans la prise en charge préventive de certaines pathologies, en particulier de l’ostéoporose (déminéralisation des os), là où la natation et le vélo sont peu, voire totalement, inefficaces. En fonction des pathologies associées, par exemple un surpoids ou une obésité, elle pourra être adaptée en intensité ; réalisée en décharge plus ou moins partielle : dans l’eau (aquajogging) ou avec des bâtons (marche nordique) par exemple. En cas de pathologie cardiaque, l’intensité d’exercice pourra être contrôlée par l’utilisation d’un cardiofréquencemètre permettant de vérifier une fréquence cardiaque cible de travail et une fréquence cardiaque maximale fixée par le médecin, garantissant la sécurité de la pratique sportive ; ce contrôle de l’intensité de l’exercice par le patient en utilisant l’outil cardiofréquencemètre participe pleinement à le rendre « acteur » de la prise en charge et du contrôle de sa pathologie, un des objectifs prioritaires de l’éducation thérapeutique. En cas de gonarthrose (arthrose du genou) par exemple, on privilégiera plutôt la natation et le vélo qui permettent de réduire les impacts liés aux activités en charge (d’autant plus s’il existe un surpoids associé) et de maintenir, voire améliorer, les amplitudes articulaires (souplesse) et la trophicité (force) musculaire, en particulier du quadriceps, qui sont déterminants dans le contrôle de cette maladie dégénérative. On veillera à respecter le repos lors des poussées inflammatoires de la maladie, à privilégier les battements (crawl/dos) et à limiter les mouvements de jambes de brasse quand ils sont mal tolérés en natation, à corriger une position incorrecte (hauteur de selle insuffisante, attitude en « bec de selle », braquets trop importants à une cadence trop faible) sur le vélo pour un rapport efficacité/tolérance optimal de la pratique sportive. Il faut préciser que, contrairement aux idées reçues, le risque d’arthrose ne semble pas associé à la pratique des sports d’endurance comme le triathlon. L’arthrose est au contraire beaucoup plus fréquente chez les anciens pratiquants de sports dits de « pivot-contact » (football, rugby…) et davantage associée aux conséquences de traumatismes aigus (rupture du ligament croisé du genou…), d’autant plus qu’ils surviennent chez des sujets avec des troubles morphostatiques (genu varum, genu valgum…), qu’aux microtraumatismes répétés. Mais la plus grande qualité du triathlon réside dans la complémentarité de ses trois disciplines. En fonction de la tolérance de chaque discipline, on pourra utiliser les mécanismes de « transfert » ou « cross-training » (un entraînement dans une discipline permet l’amélioration dans une autre) pour améliorer la capacité aérobie, paramètre déterminant de la santé et objectif des recommandations des sociétés savantes. De même, si les passages de bras en crawl peuvent être agressifs sur une épaule dégénérative, usée par l’âge ou les microtraumatismes répétés (pathologies de la coiffe des rotateurs), on pourra privilégier la brasse et profiter de la pratique du vélo pour renforcer les muscles fixateurs de l’omoplate et abaisseurs de la tête de l’humérus… exactement ce que l’on travaillerait lors d’une séance de kinésithérapie !

CONCLUSION

Les sociétés savantes ont établi que, pour être bénéfiques pour la santé, les activités physiques et sportives doivent être réalisées soit sous forme aérobie à intensité modérée de 30 minutes, 5 jours par semaine, soit sous forme aérobie d’intensité élevée au moins 20 minutes, 3 jours par semaine, associées à du renforcement musculaire 2 fois par semaine, les différents modes d’exercice étant encore plus efficaces s’ils sont associés. Le triathlon répond à ces critères et ces spécificités que sont la diversification des activités, leur complémentarité et l’adaptation de la pratique. Des éléments qui laissent penser que ce sport peut être largement proposé à tous dans le but d’améliorer la santé. La pratique, qu’elle soit initiatique ou de reprise, devra être personnalisée avec une étroite relation entre le corps médical et des animateurs formés. Cette collaboration entre professionnels de la santé et éducateurs sportifs comportant une pratique diversifiée de type triathlon existe déjà dans certains réseaux de santé régionaux pilotes. La Fédération française de Triathlon va s’appuyer sur ces expériences pour proposer dès cette année un projet national pour que, tous, nous puissions bientôt voir le triathlon comme un sport vecteur de santé.

1 COMMISSION MÉDICALE NATIONALE DE LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE TRIATHLON

2 MÉDECIN FÉDÉRAL NATIONAL

3 MÉDECIN DES ÉQUIPES DE FRANCE ET DE L’ÉQUIPE OLYMPIQUE COURTE DISTANCE

4 MÉDECIN FÉDÉRAL RÉGIONAL MIDI-PYRÉNÉES ET DE L’ÉQUIPE DE FRANCE LONGUE DISTANCE

5 COMMISSION SANTÉ, BIEN-ÊTRE, LOISIR, ANIMATION DE LA FFTRI

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