FREERIDE, LA LIBERTÉ ENGAGE DES RESPONSABILITÉS

Pratique qui n’a cessé de grandir ces dernières années, le freeride est une discipline du ski ou du snowboard hors des sentiers battus. Nouvelle technique de ski, exploration d’espaces vierges et sensation de liberté, ce sport possède de multiples atouts pour attirer les pratiquants. Cependant, il exige responsabilité, expérience et une bonne condition physique. SantéSportMagazine fait le point.

Par Gaëtan LEFÈVRE

 Freeride - SanteSportMagazine 27 - Crédit The North Face D.Carlier

Discipline de ski et de snowboard, le freeride est souvent apparenté au hors-piste. Des spécialistes tels que Xavier DE LE RUE, triple champion du monde de freeride 2008, 2009 et 2010, le présente ainsi : « Le freeride est, pour vulgariser, du hors-piste. Partir chercher des pentes vierges et les descendre ». Un raccourci rapide pour un sport possédant ses propres compétitions telles que le Freeride World Tour (voir encadré), ainsi qu’un matériel spécifique et ses propres écoles. Aujourd’hui, certaines stations de ski vont même jusqu’à proposer des domaines de freeride, équivalant à des hors-pistes sécurisés. Mais peut-on sécuriser le hors-piste et encadrer cette discipline ? Nous laisserons cette question aux spécialistes. Le freeride est intéressant par son apport technique, ses contraintes physiques mais aussi par la philosophie qui en découle : liberté, émotions, grands espaces… Une discipline extrême qui exige avant tout prudence et humilité.

UNE DISCIPLINE À PART ENTIÈRE

« Liberté », « créativité » et « émotions » sont les termes que Jeremy JONES, freerider californien, utilise pour définir son sport (voir interview page 22 de ce numéro). Porté par l’envie de découvrir des pistes inexploitées et l’ascension de la montagne, le freeride associe à la fois le ski, la randonnée et l’escalade. Alors faut-il être rider ou montagnard pour pratiquer ce sport ? On pourrait même aller jusqu’à apparenter ses pratiquants à des explorateurs partant à la conquête d’espaces vierges, ou comme le dit Xavier DE LE RUE : « Partir dans la montagne, aller chercher plus loin, voir ce qu’il y a après ». Une philosophie portée par l’ensemble des athlètes de cette discipline. Mais le freeride n’est pas uniquement né d’une volonté d’explorer les montagnes. Il est aussi l’essence d’un ski nouveau, d’une technique de ride dans la poudreuse au milieu des crevasses et des corniches auxquelles les athlètes intègrent une prise de risque, des sauts et des figures. Un ski différent du traditionnel ski alpin. De manière un peu généraliste, on pourrait définir deux desseins à cette pratique : les compétitions telles que le Freeride World Tour, et la conception de films comme Mission Antarctic dernière réalisation de Xavier. Deux types de projets qui offrent à l’athlète et aux marques associées de la visibilité. Et ce sport en a besoin, pour émerger, mais aussi pour changer son image. Underground, il apparaît plutôt dans le monde du ski français comme une branche marginalisée. La Fédération française de ski, par exemple, ne reconnaît pas cette discipline et lui tourne le dos. Elle est, notamment, critiqué pour la prise de risque qu’elle engrange et les accidents qui en découlent. Une image qui ne va pas s’améliorer avec l’accident de Michael SCHUMACHER, survenue le dimanche 29 décembre 2013 (même si on ne connaît pas encore les conditions exactes). Un sport à risque donc… que le pratiquant accepte et se doit de prendre en compte. « Le freeride est un sport de montagne comme l’alpinisme, explique Xavier. On se doit de gérer ses performances mais aussi le milieu environnant : les conditions, l’évolution des conditions, la neige, les corniches, les crevasses, les cailloux… »

FACE À LA NATURE

Gérer l’environnement est une part intégrante du freeride, peut-être même l’élément majeur pour la survie du skieur. Les conditions météorologiques et leurs variations, les différentes couches de neige ainsi que le terrain sont des éléments à prendre en compte avant chaque sortie. La montagne est aussi intransigeante que la mer. Le risque zéro n’existe pas ! La pratique sera donc conditionnée par les éléments extérieurs. Une règle générale pour les freeriders, quels que soient leur origine, et sur laquelle le californien Jeremy JONES insiste. « Il faut être patient et attendre que les conditions soient bonnes. Ne pas avoir peur de rentrer chez soi si le moindre doute existe. » « Humilité » est le mot d’ordre. Et pour cela, l’expérience est indispensable. Malheureusement, elle s’apprend sur le terrain, et souvent en se relevant de chutes. Xavier DE LE RUE, par exemple, a plusieurs fois frôlé la mort. Il y a quelques années, il a été pris dans une avalanche sur 2 km, il a survécu uniquement grâce à son sac airbag qui l’a maintenu à la surface. Lors d’une deuxième avalanche par laquelle il fut emporté, Xavier a été encore plus chanceux. Emmené par la coulée de neige, il a chuté d’une barre rocheuse et atterri dans de la poudreuse 30 mètres plus bas. La neige aurait pu le tuer, elle lui a finalement sauvé la vie. Tous les moyens sont donc bons pour assurer sa sécurité, et en premier, l’équipement : des skis spécifiques ; un sac à dos avec un Arva, un appareil électronique émetteur/récepteur d’un signal radio particulier destiné à localiser rapidement son porteur si celui-ci est enfoui sous la neige suite à une avalanche de neige ; une pelle et une sonde. Un matériel indispensable et dont le freerider doit apprendre à se servir. Pour cela, certaines stations de ski comme Grandvalira en Andorre (voir encadré) ont développé des écoles de freeride. Xavier SEALEINAS, directeur du développement économique de la montagne à Grandvalira en Andorre, est fier du travail fourni par la station et les écoles de ski. Dans ces dernières, l’utilisation du matériel est bien évidemment abordée. « Ici, les écoliers peuvent avoir plus de 50 ans. » Ils apprennent à rechercher une personne prise sous une avalanche mais aussi «­l’approche de la montagne permettant ainsi de comprendre les différentes couches de neige ou comment se comporter à la suite d’un départ de coulée de neige, ou encore dans une zone où il y a beaucoup de vent… » Un ensemble de situations auxquelles le freerider peut être confronté. Une formation essentielle, quels que soient son âge ou ses niveaux de ski. Humilité ! Enfin, Xavier nous livre un dernier conseil « Un petit groupe est idéal pour la sécurité mais aussi pour le plaisir. Partir en montagne seul est assez délicat. Il faut éviter au maximum. Être trop nombreux est aussi dangereux. Attention ! »

Freeride 2 - SanteSportMagazine 27 - Crédit The North Face D.Carlier

UN SPORT EXIGENT

En écoutant les freeriders aux yeux pétillants nous parler de leur sport, on comprend très vite la volonté de ces athlètes de partir découvrir de nouveaux horizons, à skier là où personne n’est jamais allé. On voit aussi que cette discipline possède différentes pratiques et qu’il ne s’agit pas d’un «­sport suicide­» en vogue. En respectant certaines règles et en se formant, elle ouvre des horizons nouveaux aux skieurs. Mais attention ! Comme nous le répétons continuellement, la pratique sportive exige une condition physique, encore plus dans un sport tel que le freeride, pour lequel les erreurs peuvent être fatales. Le ski alpin sur piste nécessite déjà une attitude préventive et une condition physique correcte. Nous abordions le sujet dans le SantéSportMagazine spécial ski de 2013. Dans l’article «­Risques et prévention aux sports d’hiver, ayez les bons réflexes !­», l’association Médecins de montagne expliquait les risques de ce sport et les attitudes à adopter sur les pistes. SantéSportMagazine conseillait aussi de se préparer physiquement, à travers des exercices de renforcement, de gainage, etc. pour éviter la fatigue, les blessures et afin de minimiser les accidents. Alors ajoutez aux risques habituels du ski, l’environnement, les rochers, les crevasses…, il va de soi qu’une bonne condition physique est extrêmement importante. « De manière générale, plus on est en forme en montagne, mieux c’est. », confirme Xavier DE LE RUE. « ­Jusqu’à maintenant, je me limitais aux sports de montagne pour me préparer, aux sports de sensations que j’apprécie mais j’ai de plus en plus tendance à m’orienter vers des routines de préparation. Je pratique beaucoup de yoga, je vais en salle de musculation, je fais de plus en plus attention à mon alimentation. J’ai un programme précis. » Athlètes et médecins ne sont pas toujours d’accord. Sur ce point, si­! Alors ne passez pas à côté, le freeride n’est pas un sport qui est fermé à l’amateur, mais pensez à bien vous équiper, à vous former et à ne pas vous précipiter. Respectez les avis des professionnels et préparez-vous physiquement.

LE FREERIDE WORLD TOUR

Le Freeride World Tour est un circuit mixte qui accueille actuellement une cinquantaine de concurrents, hommes et femmes, pratiquant le ski ou le snowboard. La compétition 2014 se déroule en 6 étapes : Courmayeur (Italie), Chamonix, Fieberbrunn (Autriche), Kirkwood (USA), Revelstoke (Canada), Verbier (Suisse). Les concurrents doivent dévaler une face vierge reconnue au préalable à la jumelle. Ils sont évalués par un jury qui prend en compte le choix de l’itinéraire en fonction de sa difficulté et de la prise de risque, de l’exécution des mouvements, de la vitesse, de la fluidité, du contrôle du run et des figures techniques (sauts, tricks) s’il y en a. Le site internet de la compétition : www.freerideworldtour.com.

GRANDVALIRA SOUTIENT LES NOUVELLES TENDANCES

La plus grande station des Pyrénées située dans le domaine andorran met à l’honneur le freeride. Le Freeride Center de Grandvalira a ainsi reçu la distinction «­Freeride World Tour Club­» de la part du circuit international. Elle inaugure cette saison une section entièrement dédiée à la discipline au sein de son École de ski et de snowboard. Les skieurs de cette station pourront aussi s’adonner au freeride. En plus des zones dédiées à cette discipline déjà existantes, la station parrainée par la marque américaine Gore-Tex® ouvrira de nouveaux espaces, tels que l’Encampadana Freeride Area et celui du Pic Blanc. Jouissant d’un enneigement optimal, Grandvalira étant déjà le siège d’événements sportifs internationaux et de compétitions, se prépare à accueillir les 15 et 16 février prochain le GrandRide Grandvalira, épreuve du Freeride World Qualifier.

Plus d’informations sur le site officiel www.grandvalira.com

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