PASCAL PICH – LE PROCHAIN DÉFI DE TERMINATOR

Surnommé Terminator, Pascal PICH est quintuple champion du monde d’ultra triathlon, champion d’Europe et détient 9 records du monde. À 50 ans, il vient de trouver un sponsor pour réaliser son prochain défi, l’Ironman around the world. En attendant, il a répondu aux questions de SantéSportMagazine.

PROPOS RECUEILLIS PAR MURIEL HATEM

 Pascal Pich - SantéSportMagazine 30

Pascal PICH se dévoile dans son ouvrage Terminator, l’anonyme champion du monde, aux éditions Ed2A.

Depuis tout petit, vous pratiquez un sport. Vous avez d’ailleurs un parcours un peu tumultueux grâce et à cause du sport. Pouvez-vous nous le raconter ?

J’ai commencé à 7-8 ans par le football car mon papa avait joué en junior et était un gros fan de foot. Finalement, je n’y trouvais pas mon compte du fait, sûrement, qu’il s’agissait d’un sport d’équipe. Je me suis donc tourné vers le judo. Je suis très vite devenu bon car j’ai tout de suite été champion départemental. Et puis, fan de sport, fan de Bruce Lee, je m’entraînais tout seul. C’est devenu une passion. Petit à petit, je suis arrivé au judo à haut niveau. J’ai commencé le triathlon beaucoup plus tard. Mais cette pratique a immédiatement été une passion.

Ensuite, vient votre engagement dans l’armée et l’embarquement pour le Liban. Aujourd’hui, avec du recul, cette expérience a-t-elle forgée votre âme de « Terminator » ?

Je pense que l’on se forge un caractère dès l’enfance. Je l’explique dans mon livre. Mon père était très sportif mais, finalement, il ne s’occupait pas de moi. Ma mère n’était pas sportive du tout. Lorsque je me suis attaqué à mon record du monde, elle m’a dit : « Tu n’y arriveras pas, tu es nul en course à pied ». Je pense que, petit à petit, je me suis créé ce caractère tout seul en m’entraînant. En ne leur demandant jamais rien. Encore plus avec cette expérience au Liban… Lorsque l’on part à 18 ans dans un pays en guerre avec les attentats et tout ce qui s’ensuit, on change. Au retour en France, on aborde les choses complètement différemment. Mais, il y a aussi l’envie de reconnaissance. Pas forcément la reconnaissance du grand public mais celle de mon père. Lui dire « Regarde ce que j’ai dans le ventre ». Il a fini par ouvrir les yeux lorsque j’ai été champion du monde pour la première fois, à 30 ans.

Comment vous êtes-vous tourné vers le triathlon ?

Par le plus grand des hasards. Je sors de l’armée, je passe mon brevet d’État. Je le plante. Je me dis «­Je laisse tomber ». Je cherche quelque chose à faire, un défi à réaliser, je ne sais pas vraiment quoi. Quelques semaines plus tard, je vois l’affiche d’un triathlon à Yerres après avoir vu un reportage sur le triathlon d’Hawaï. Je me dis que je vais essayer. J’ai déjà pas mal pratiqué le cyclisme. Je courais tout le temps avant les entraînements de judo. Il me reste à apprendre à nager. J’avais trouvé ma voie.

Comment êtes-vous devenu triathlète professionnel ?

Là, encore une fois, par hasard. Je commence donc le triathlon en 1987. En 1990, approche le Téléthon, je me dis « Tiens, pourquoi ne pas faire quelque chose pour le Téléthon ». Je sais qu’il existe n’en a jamais accompli plus de deux. Je sais que je suis capable de le faire. Je ne pars pas à l’aventure sur n’importe quoi. Le problème d’un déca est que l’on peut facilement se blesser, se retrouver avec un pied plein d’ampoules… Il y a quand même dix marathons à pied, 1 800 km sur une selle à attraper des kystes. Un déca Ironman est toujours une aventure. Fixer d’en faire six dans l’année est un gros défi. Le temps de récupération entre deux est court. Ce défi devrait être celui de la retraite. Bien que j’ai dit cela après le Tour de France.

Pascal Pich 2 - SantéSportMagazine 30

Vous venez de fêter vos 50 ans, le 8 avril 2014. Pensez-vous que ce soit l’âge idéal pour ce genre de défi ?

Il faut regarder le parcours. Je ne me suis jamais arrêté. Il y a deux ans, je faisais encore le Tour de France, 5 000 km, en vingt jours. Je pense que je suis toujours performant. Dès que je m’entraîne sérieusement, je progresse. Je suis dans une bonne dynamique. L’âge, certains vont le voir comme un point d’arrêt. Moi, je vais le voir comme une expérience. Sur un déca, il faut de l’expérience. Rien ne sert de partir à fond et ne pas terminer. L’âge ne m’arrête pas. Et d’ailleurs, je ne me suis jamais fixé dessus. J’ai même l’impression d’avoir 30 ans dans mon corps.

Avec tous ces défis que vous réalisez, vous êtes-vous déjà interrogé sur les limites du corps humain ?

Moi, je dis que les limites du corps humain sont les limites de la tête. Elles sont celles que l’on s’impose. Si l’on joue petit, on sera petit. Si on voit loin, on ira loin. Effectivement, il y a toujours une limite qui peut-être physique. Mais je reste convaincu que les limites sont psychologiques. Sur ce défi, je devrais normalement être suivi par le service médical de l’INSEP pour qu’il puisse faire des études. Je suis prêt à offrir mon corps à la science, même s’il faut faire des prises de sang tous les jours, pour que l’on puisse étudier les variations du corps à l’effort. Physiologiquement, il faut se poser les questions.

Comment le corps peut-il faire plusieurs jours d’effort presque sans arrêt, en dormant deux ou trois heures par jour ? Vous êtes-vous souvent blessé, aux genoux, etc. ? Vous semble-t-il naturel de surpasser sa douleur dans le sport ?

La douleur n’est qu’une information. Moi, je me connais. J’ai testé ce concept sur une de mes athlètes l’année dernière qui a fait le marathon de Rome. Quinze jours avant le marathon, elle s’est blessée, déchirure au mollet. Ce type de blessure empêche généralement de courir. Moi, je l’ai fait donc je sais que l’on peut le faire. Elle souhaitait absolument prendre le départ. Je lui ai donc inculqué ma manière de voir les choses. Et elle a pris le départ du marathon en se disant « La douleur n’est qu’une information. Il n’y a pas de raison, j’irai au bout. » Elle a bouclé son marathon en un peu moins de quatre heures. En revanche, lorsqu’elle a passé la ligne, elle a mis 1h30 pour retourner à son hôtel qui était à 3 km. Quand le cerveau a dit stop, on est arrivé à l’objectif, c’est terminé. On en revient aux limites qui sont celles que l’on s’impose. Je pense qu’il y a un moment où il ne faut pas non plus s’abîmer la santé. Il faut rester un minimum intelligent. Moi, je savais ce que j’avais au genou car le chirurgien était venu me voir. Je savais où j’allais.

Vous avez donc un suivi médical pointu ?

Oui, effectivement ! Je suis suivi par Bernard SAINZ. Il est souvent critiqué par ceux qui ne le connaissent pas. On dit que ce que l’on ne connaît pas fait peur. Il a des méthodes bien à lui et j’ai une confiance aveugle en lui. Cela fait dix ans que l’on travaille ensemble et dix ans que je n’ai pas pris le moindre médicament. Je n’ai même pas pris une aspirine. Il n’est pas médecin, il est naturopathe. On est dans l’alimentation, dans l’hygiène de vie.

Justement, quelle est votre journée type d’alimentation ?

Je ne suis pas sérieux tous les jours, mais lorsque je le suis : je prends au petit déjeuner, thé avec du citron et deux sucres, du pain complet, du beurre et deux fruits ; au déjeuner, crudités, légumes, glucides tels que pâtes, riz et semoule ; et au dîner, protéines, crudités et légumes. Plus de laitage depuis dix ans.

Pascal Pich 3 - SantéSportMagazine 30 - credit Philippe Petit

Auriez-vous un mot pour encourager nos lecteurs à atteindre leur objectif ?

Fixez-vous vos propres limites ! Et jamais à aucun moment, quoi qu’on vous dise et quoi qu’il se passe, ne remettez en doute vos capacités à y arriver. Vous êtes capable de le faire car on est tous capable. Il faut juste croire en soi. Se diriger vers la ligne d’arrivée. Et après, tout est dans la tête.

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