SPORTIF DEVEZ-VOUS ÉVITER LE GLUTEN ?

Le gluten est de plus en plus remis en cause dans l’alimentation et principalement celle du sportif souvent associé à la culture pâtes et pizzas. À l’image du tennisman Novak DJOKOVIC, le régime sans gluten fait de plus en plus d’adeptes. SantéSportMagazine s’interroge sur cette protéine présente dans le blé.

Par le docteur Stéphane Cascua, médecin et nutritionniste du sport.

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Le gluten est une grosse protéine présente dans le blé mais aussi dans l’orge et le seigle. Elle donne sa consistance à la farine après pétrissage. Vous comprenez son étymologie : gluten comme « glu » qui colle… Grillée, elle contribue aussi au croustillant du pain et des viennoiseries. Voilà pourquoi créer des produits de substitution « sans gluten » savoureux nécessite une réelle expertise.

INTOLÉRANCE AU GLUTEN : LA VRAIE !

Cette souffrance digestive invalidante porte le nom de « maladie coeliaque ». Au cours de cette anomalie génétique, les enzymes digestives sont incapables de couper une fraction du gluten appelée la gliadine. Cette grosse molécule finit par s’immiscer entre les cellules de l’intestin. Elle se comporte alors comme un corps étranger. Les globules blancs la considèrent comme un antigène et enclenche une inflammation locale pour la détruire. Le cercle vicieux commence ! Les cellules de l’intestin sont irritées et deviennent fragiles. Les jonctions établies avec leurs voisines se brisent… et, de plus en plus, de gliadine franchit la barrière intestinale… stimulant d’autant plus le système immunitaire. Le revêtement de l’intestin devient également plus mince, on parle d’« atrophie villositaire ». Le tube digestif ne parvient plus à absorber suffisamment de nutriments et des carences apparaissent. Classiquement, cette maladie commence à s’exprimer au cours de la petite enfance, souvent à l’introduction des dérivés du blé dans l’alimentation. Elle se caractérise par des douleurs abdominales, des ballonnements, des diarrhées. La croissance est ralentie. Les déficits en vitamines provoquent des difficultés de la coagulation et des saignements intempestifs. Il existe des formes plus modérées qui décompensent plus tardivement chez l’adulte, notamment à l’occasion d’un épisode infectieux. Les signes peuvent être plus discrets : amaigrissement, fatigue, arrêt des règles, ostéoporose, aphtes, nervosité, troubles de l’humeur. La première étape diagnostique consiste à doser l’anticorps appelé « Ig A antitransglutaminase ». En cas de positivité, un examen plus spécifique et plus invasif est nécessaire. Il faut prélever et analyser un morceau de tube digestif. Cette « biopsie » s’effectue sous le contrôle d’une fibre optique introduite par la bouche, on parle de « fibroscopie ». Si ce fragment d’intestin analysé au microscope montre une « atrophie villositaire », le diagnostic est confirmé. Le traitement est simple mais particulièrement contraignant. Il s’agit de l’exclusion totale et définitive du gluten. Finis les produits de boulangeries traditionnelles : pain, viennoiseries, pâtisseries. Terminées les pâtes et les pizzas. Sans compter les nombreux plats préparés qui contiennent du gluten pour optimiser la consistance. Heureusement, il existe désormais des produits de substitution « sans gluten » de plus en plus savoureux et souvent disponibles au sein de la grande distribution.

SENSIBILITÉ AU GLUTEN : UNE VERSION ALLÉGÉE ?

Après les tableaux caricaturaux de la petite enfance et les formes frustes de l’adulte, nombre de médecins pensent qu’il existe des présentations encore plus discrètes de la maladie. Elles sont appelées « sensibilités au gluten ». Parmi les défenseurs de ce concept, on retrouve le docteur SEIGNALET et le docteur FIEVET. Le premier est l’auteur de l’ouvrage L’alimentation ou la troisième médecine aux éditions du Rocher. Il y vante les mérites de la nutrition paléolithique. En effet, il y a 10 000 ans, au début du Néolithique, l’Homme s’est sédentarisé. De chasseur-cueilleur, il est devenu agriculteur. Produits laitiers et céréales ont envahi ses menus alors que ses enzymes digestives n’y étaient pas adaptées. Aujourd’hui, notre patrimoine génétique est presque identique et la situation reste comparable pour bon nombre d’entre nous ! Selon ce thérapeute, en apaisant les réactions de notre système immunitaire, le régime paléolithique contribuerait efficacement au traitement des maladies dites auto-immunes, dans lesquelles nos propres anticorps attaquent nos tissus. Au premier rang de ces pathologies, on retrouve les rhumatismes. Il serait également très utile pour soigner les maladies dites de civilisation : diabète, artérite, arthrose et même dépression. Notre second médecin, le docteur FIEVET, a écrit L’Intestin : carrefour de mon destin aux éditions Cido. Il y mentionne l’avis de l’académie de médecine des États-Unis. Pour cette institution de renom, nos enzymes sont dans l’impossibilité de fractionner complètement le gluten. La protéine résiduelle constituée de trente-trois acides aminés pourrait traverser la paroi intestinale, passer dans le sang et venir s’échouer dans les impasses vasculaires. Là, considérée comme « corps étranger » par notre système immunitaire, elle serait responsable d’une inflammation à bas bruit. De fait, elle se révèlerait irritante pour le tube digestif mais aussi pour de nombreux tissus : cartilage, tendon, poumons, système nerveux notamment. Le mécanisme serait comparable à celui suspecté pour la caséine du lait (voir l’article de Le lait est-il mauvais pour les articulations sur www.santesportmagazine.com). Selon une étude américaine 20 % des patients atteints de « côlon irritable » sont soulagés en éliminant le blé et les produits laitiers.

LE SPORTIF : UN CANDIDAT À LA SENSIBILITÉ AU GLUTEN ?

Deux mécanismes pourraient expliquer que l’on trouve plus de « sensibles au gluten » chez vous, les sportifs. Premièrement, vous ingurgitez souvent beaucoup de pâtes, de pizzas et de pain. Pour enchaîner les entraînements, on vous a expliqué qu’il fallait recharger les stocks de glycogène, la réserve de sucre contenu dans les muscles. Ce dogme est quelque peu remis en question notamment pour les épreuves très longues comme le trail. Lors de ces compétitions, la notion de « mur du marathon » disparaît ! Cette brusque défaillance du 30e kilomètre ne se produit pas car la faible intensité de la course permet de brûler préférentiellement des graisses. (Voir l’article paru dans Le traileur doit-il manger comme Cro-Magnon ? sur www. santesportmagazine.com). En abusant des féculents à base de blé, vous dépassez les faibles capacités enzymatiques de votre tube digestif. Les reliquats de gluten s’accumulent et risquent fort d’agresser vos intestins et de passer dans votre sang. Ce phénomène est d’autant plus probable qu’un second mécanisme vient potentialiser votre fragilité : l’hyperperméabilité intestinale ! Lorsque vous faites un effort, les vaisseaux sanguins menant aux muscles en action s’ouvrent pour y apporter de l’oxygène. Parallèlement, ceux qui s’orientent vers les secteurs du corps moins utiles se ferment. Le tube digestif peut voir son approvisionnement réduit de 70 % ! Il souffre ! D’autant que, souvent, il continue à travailler pour absorber les aliments que vous ingérez pendant l’épreuve : vous avez tout intérêt à ce qu’ils soient digestes ! Pire encore, à chaque foulée, à chaque saut, il est secoué ! Il est amarré au sac abdominal appelé péritoine par de gros ligaments, les épiploons. Ces zones sont particulièrement tiraillées et subissent des microdéchirures. Bref, mauvaise oxygénation et secousses s’associent pour léser et disjoindre les cellules tapissant le tube digestif. Par endroit, on constate même des petits infarctus responsables de nécroses. À la fin de l’exercice, avec le retour de la vascularisation, il s’y produit des suintements voire des saignements à l’origine de diarrhée parfois sanglantes. (voir l’article Quand le ventre vous met à plat sur www.santesportmagazine.com). Vous comprenez pourquoi ce tube digestif abîmé et devenu hyperperméable digère moins bien le gluten puis favorise son passage dans le sang ! Surtout si vous avez fait précéder votre course d’une copieuse pasta party ! En pratique, si vous présentez des douleurs abdominales à l’effort ou des accélérations du transit, si vous avez des douleurs articulaires multiples sans cause mécanique évidente, si vous êtes anxieux avant le départ des épreuves, si votre motivation s’émousse, peut-être pouvez-vous tenter de réduire le gluten. Diminuez les dérivés du blé : pâtes, semoule, pizzas, viennoiseries, biscuits, pâtisseries. Réduisez aussi le lait et les produits laitiers. Lorsque c’est possible, changez pour des produits « sans gluten ». Essayez quelques semaines. Vous verrez bien si vous vous sentez mieux. Si c’est le cas, continuez.

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Novak DJOKOVIC : porte-drapeau antigluten !

En 2010, le tennisman serbe Novak DJOKOVIC accumule les défaillances. Devant TSONGA, en quart de finale de l’open d’Australie, il s’effondre victime de malaises et de gênes respiratoires. Le docteur Igor CETOJEVIC connait la culture « pâtes » et « pizza » de ce champion dont les parents tenaient une pizzeria. Il lui propose de tenter un régime sans gluten et sans produits laitiers. Depuis, le tennisman a retrouvé toute son aisance physique, il a remporté de nombreuses victoires d’affilée et trois grands chelems !

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