La tendinite rotulienne

Vous avez mal à l’avant du genou, juste sous la rotule. Vous souffrez quand vous courez, quand vous sautez ou lorsque que vous prenez vos appuis. C’est sûrement une tendinite rotulienne. SantéSportMagazine vous explique et vous guide sur le chemin de la guérison.

Par le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport. Illustration Mathieu Pinet.

Le tendon rotulien est une cordelette fibreuse reliant la rotule et le haut du tibia. La contraction du gros muscle situé à l’avant de la cuisse, le quadriceps, le met en tension et provoque l’extension du genou. La même chaîne musculaire est mise à contribution pour freiner la flexion. Ce mécanisme est très fréquent. On le rencontre lors d’une réception de saut ou lors de l’amortissement d’une foulée. Dans ces circonstances, le tendon rotulien est comme écartelé. Le tibia part dans un sens avec la flexion de genou alors que le quadriceps tire dans l’autre pour ralentir le mouvement. La tension mécanique s’accentue encore pendant la course en descente, notamment en trail. Le tendon est aussi mis à rude épreuve lors des changements de direction. À chaque pivot, il se vrille à la manière d’une serpillère essorée. Dans les profondeurs du tissu tendineux, ces contraintes mécaniques peuvent provoquer des microdéchirures­ : c’est la tendinite aiguë. Après quelques jours, il se constitue une cicatrice composée de fibres enchevêtrées et fragiles. À la manière d’une gerçure, elle se fissure lors des remises en tension : c’est la tendinite chronique.

Tendinite_Rotulienne - SanteSportMagazine Senior 11

Légende

1-Tendon rotulien

2-Rotule

3-Quadriceps

4-Tendinite rotulienne

5-Fémur

6-Tibia

À QUOI RESSEMBLE UNE TENDINITE ROTULIENNE ?

On l’a dit, vous avez mal sous la rotule. Au départ, cette gêne se manifeste en début de footing puis cède avec l’échauffement. Plus tard, elle reste présente tout au long de l’effort. Enfin, elle persiste dans la vie quotidienne. Vous ressentez vos douleurs en restant assis longtemps ou dans les escaliers. Votre médecin du sport les retrouve en vous demandant de sautiller et en appuyant juste sous votre rotule. Il met en évidence votre raideur de cuisse : quand vous êtes allongé sur le ventre, votre talon ne peut pas toucher votre fesse. Cette tension musculaire permanente tire sur votre tendon. L’échographie est l’examen complémentaire le plus adapté. Elle confirme le diagnostic et quantifie les lésions. Elle montre des fibres déchirées et des cicatrices anarchiques. En phase aiguë, elle visualise aussi des flux sanguins importants caractérisant une inflammation et une activité tissulaire de reconstruction.

APAISER L’INFLAMMATION ?

En phase aiguë, l’inflammation a pour objectif naturel de nettoyer les fibres déchirées et d’initier les processus de cicatrisation. Il faut la respecter ! Néanmoins, il arrive que le phénomène s’emballe et entretienne l’autodestruction tissulaire. Après quelques jours, il peut être opportun de prescrire des anti-inflammatoires une petite semaine et d’appliquer de la glace pour fermer les vaisseaux. À­ cette période, les cellules mutilées ne parviennent plus à entretenir des échanges de minéraux normaux. Le comportement électromagnétique des tissus est largement perturbé. Certains appareils type TECAR ou INDIBA pourraient se révéler utiles car ils revendiquent une réharmonisation de l’activité électrique au sein des zones traumatisées. À l’issue de cette courte phase initiale, le traitement passe par la mécanisation de la cicatrice. Il faut proposer des contraintes dosées pour guider la réparation sans aggraver les lésions. Ainsi, au lieu de constituer un magma fibreux et fragile, les nouvelles fibres s’orientent dans l’axe des tensions mécaniques. Voilà pourquoi, il est bon d’instaurer précocement des étirements et du renforcement en freinage. Ce travail peut être réalisé à la main par le rééducateur ou à l’aide de machines. Toujours est-il qu’il doit se situer juste en dessous du seuil douloureux.

ASSOUPLIR LA CICATRICE FIBREUSE

Lorsque la cicatrice fibreuse et enchevêtrée est déjà présente, la prise en charge devient plus énergique. Il est nécessaire d’assouplir voire de casser le magma. Votre kinésithérapeute peut faire des Massages Transversaux Profonds ou MTP. Il frotte la cicatrice perpendiculairement à l’axe du tendon préalablement mis en tension. C’est douloureux mais très efficace ! Cette stratégie relance l’inflammation salvatrice et stimule la cicatrisation… Voilà qui illustre pourquoi les anti-inflammatoires ne constituent pas le traitement des tendinites chroniques ! Un appareil ressemblant à un pistolet percute le tendon pour obtenir un effet voisin des MTP. On parle d’ondes de choc. C’est bien aussi ! Le laser chirurgical coupe les tissus mais le laser médical est un puissant défibrosant. Il peut également être employé. Après avoir utilisé ces stratégies améliorant la texture de la zone lésée, les techniques d’étirement et de freinage retrouvent tout leur intérêt pour aligner les fibres dans l’axe des contraintes. Au stade chronique, ils peuvent même être pratiqués plus intensément, notamment en utilisant le poids du corps. Le docteur STANISH, qui a validé cette méthode, a conclu son article de référence par « No pain, No gain » (pas de douleur, pas de bénéfice). En pratique, ce slogan provocateur est à prendre avec philosophie mais vous incite à ne pas craindre de « sentir » votre tendon travailler ! Rarement ces stratégies se révèlent insuffisantes. Il est alors possible d’envisager l’injection de « Plasma riche en Plaquettes » ou PRP. Cette méthode consiste à vous prendre un peu de sang et à le centrifuger. On récupère les plaquettes. Vous le savez, ces petites cellules s’agrègent les unes sur les autres quand vous vous coupez et ferment la plaie. Injectées dans la fissure du tendon, elles forment un clou tissulaire et déversent leurs messagers chimiques, stimulant la réparation. Un repos strict d’une dizaine de jour est habituellement proposé avant de reprendre le protocole de rééducation. Exceptionnellement, en cas d’échec, une opération est possible. Elle consiste à enlever les fragments de tissu très abîmés car ils gênent la cicatrisation. Le chirurgien enchaîne avec un peignage du tendon : il l’ouvre en éventail en le coupant à plusieurs endroits, parallèlement aux fibres. Lors de la cicatrisation les espaces se comblent et le nouveau tendon est plus large, plus épais et plus solide. Il faut attendre quatre à six mois avant de reprendre le sport à 100­%.

LE SPORT : UN POINT CLÉ DU TRAITEMENT

Les activités qui abîment le tendon rotulien sont la course, les appuis et les sauts. En effet, elles intègrent des phases de freinage qui écartèlent le tendon. On n’en déduit aisément que les gestes ne comprenant que des poussées sont le plus souvent indolores. C’est le cas de la natation, du vélo et même de l’elliptique. Alors que le tendon est encore très irrité, ces activités proposent des contraintes mécaniques suffisantes pour aligner les fibres dans l’axe des tensions. Elles permettent aussi d’entretenir les qualités cardiovasculaires grâce à des séances longues ou à l’aide de fractionnés. Rapidement, la course s’intègre à votre programme… mais de façon raisonnable et progressive ! Il s’agit, au début, de « footing de rééducation ». En effet, comme la kinésithérapie, le jogging participe à la mécanisation de la cicatrice. Afin de vous assurer qu’il est bénéfique, il faut que la douleur disparaisse après 10 minutes d’échauffement. On nomme « adhérences » ces micro-cicatrisations anarchiques qui se constituent au repos et qui cèdent en début d’activité. Vous devez vous arrêter avant que la douleur ne revienne afin de ne pas abîmer les tissus sains. Après avoir validé 30 à 45 minutes de course en endurance, vous pouvez accélérer un peu puis franchir le seuil de l’essoufflement. Lorsque vous courez 20 minutes à bonne allure, reprenez-le fractionné. Commencez par du fartlek, ces fameuses variations d’allure à la sensation. Plus tard, renouez avec le travail intermittent structuré type 30 secondes vite / 30 secondes lentement. Quelques semaines après, vous enchaînez les appuis et les sprints… et vous n’avez plus mal ! ♦

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