Jacques TUSET, nageur de l’extrême

Né le 22 décembre 1963 à Lyon, Jacques TUSET est un nageur français spécialiste de la nage en eau libre et du sauvetage côtier. En 2000, il se lance un défi unique : relier à la nage des prisons célèbres basées sur des îles, au continent. Rencontre avec un évadé !

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre.

 

Il ne possède pas la notoriété des grands noms de la natation : MANAUDOU, BERNARD, BOUSQUET…, détient un palmarès impressionnant : 3e des championnats de France du 25 km en eau libre (FFN) en 2002, 2e des championnats de France avec palmes sur 20 km (FFESSm) en 2005, 1er des championnats de France de sauvetage côtier « épreuve de nage – surf race » (FFSS) en 2005, 2e club français d’aqualove Sauvetage en 2010 et plus de 300 traversées à la nage. En 2002, Jacques TUSET réalise sa plus longue traversée, celle de la manche. Douze heures et quarante minutes dans l’eau pour relier la France en partant de l’Angleterre. Trente-trois kilomètres dans des conditions dantesques, luttant contre les vagues, le vent, les marées, les méduses, les ferries, le mazout et le froid. Il reçoit ainsi le trophée Van Hooren, celui du nageur ayant réussi dans les plus mauvaises conditions.

Depuis le début des années 2000, cet agent de la SNCF relève également un autre défi, « The Prison Island Swims » : relier de célèbres prisons basées sur des îles au continent le plus proche. il a déjà accompli les 18 km de Fort Boyard à La Rochelle. Il s’est évadé d’alcatraz pour rejoindre San Francisco, l’île de Robben où fut enfermé Nelson MANDELA ou encore du château d’if, rendu célèbre par le comte Edmond DANTES, l’épreuve du Défi de Monte-Cristo. Après les dix traversées initialement prévues dans son challenge, jacques a décidé d’en réaliser quelques évasions supplémentaires et de reproduire certaines, comme le Défi de Monte-Cristo, qui aura lieu les 18 et 19 juin 2016 à Marseille.

Jacques Tuset prison island swims 1 - santesportmagazine 41 - credit michel dumergue

Qu’est-ce qu’un nageur de l’extrême ?

La nage en eau libre est une discipline olympique réglementée par la Fina (Fédération internationale de natation). J’estime donc que ce qui sort de ce cadre réglementaire devient de l’extrême. Par exemple, dans la réglementation de la Fina, lorsque la température de l’eau se situe en dessous de 16 degrés Celsius, la compétition est annulée. Alors que lorsque nous réalisons nos défis, nous pouvons nager dans des eaux à 10 degrés. Le courant de la mer est aussi un élément extérieur qui peut rendre cette discipline « extrême ».

Vous allez participer, une nouvelle fois, au Défi de Monte-Cristo. Avez-vous un objectif ?

Mon objectif aujourd’hui est uniquement de me faire plaisir. Je participe à ce défi depuis de nombreuses années. il s’agit de ma 6e ou 7e participation. Ce défi entre également dans le cadre de mon challenge de relier les prisons célèbres basées sur des îles, au continent. Maintenant, lorsque je participe à ces compétitions, j’accompagne des amis mais je n’ai plus l’objectif de gagner.

Justement, où en est votre défi « The Prison Island Swims » ?

J’ai terminé les dix premières traversées… puis je l’ai prolongé. Ce challenge a eu un tel engouement auprès des nageurs que j’ai reçu de très nombreuses propositions, de nouvelles traversées à partir de diverses prisons. À ce jour, on a recensé une cinquantaine de prisons. J’ai pris le départ de seize d’entre elles. Je continue selon mes disponibilités. Je nage sous les couleurs d’une association, France Choroïdérémie, afin de promouvoir et de récolter des dons pour financer le programme de recherche sur la thérapie génique à l’INSERM de Montpellier. Continuer ce projet me permettait aussi de récolter plus de dons.

Financièrement, comment réussissez-vous à réaliser ce challenge ?

Je recherche constamment des mécènes ou des sponsors. Mais c’est de plus en plus difficile. Je me déplace lors de mes jours de congés et, principalement, sur le budget de mes vacances. Heureusement, de nombreuses personnes m’invitent à dormir chez elles ou des organisateurs d’événements me trouvent l’hébergement. Je me déplace généralement avec ma famille et mes amis. Ils composent le staff qui m’entoure. Je fais aussi appel à des personnes, sur place, qui connaissent la traversée.

Quelles sont les conditions dans lesquelles vous nagez ?

je suis toujours en maillot de bain, sans palmes et sans combinaison. Ce n’est pas toujours facile. Lors de la traversée de Robben Island à Blouberg beach en Afrique du Sud, l’eau avoisinait les 13 degrés Celsius. De la prison d’alcatraz à l’aquatic Park de San Francisco, elle était à 12 degrés. À l’inverse, à Dakar, au Sénégal, j’ai nagé dans une eau à 29 degrés.

Comment vous êtes-vous préparé pour ce défi ?

Généralement, je nage trois fois par semaine en piscine et une fois en mer. Mais les entraînements varient selon les compétitions, les distances et les températures. J’ai une forte expérience. Je nage depuis de nombreuses années. Cela me permet donc de me préparer tranquillement. Je pense qu’une traversée s’effectue à 75 % dans la tête et à 25 % grâce à la préparation physique. Mon passé de nageur de longue distance a marqué mon corps. Ce dernier possède une mémoire et connaît l’univers de l’eau. De plus, mon objectif est de terminer la traversée et non de gagner ou d’aller vite. Donc si je me sens moins bien, je ralentis pour pouvoir atteindre la côte.

Jacques Tuset prison island swims 2 - santesportmagazine 41 - credit michel dumergue

Vous effectuez donc vos ravitaillements dans l’eau…

J’effectue un ravitaillement toutes les demi-heures. je n’ai pas le droit de toucher le bateau. On me tend donc une perche avec généralement une boisson énergisante. Lorsque l’on nage, l’estomac est ballonné. On avale aussi régulièrement de l’eau de mer. L’envie de vomir est fréquente. Beaucoup d’abandons ont lieu pour ces raisons. Je favorise donc les boissons, pour ne pas saturer mon estomac d’aliments solides.

Quel est votre dernier repas avant une traversée ?

Mon dernier repas, comme mon alimentation, est différent de celui des sportifs. Lorsque l’on passe deux heures dans l’eau froide, on a besoin d’un tissu adipeux (masse grasse) élevé. Il faut que le corps ait de l’énergie mais aussi une protection contre le froid. On parle généralement d’un tissu adipeux d’environ 20 %. Je mange donc plus de gras que les athlètes en général. je mange aussi beaucoup de protéines. Avant une compétition, je favorise la prise de poids.

Vous êtes-vous déjà blessé ?

Non. Principalement parce que je nage à mon rythme. Je suis constamment à l’écoute de mon corps, même lors d’une traversée. Si j’ai une douleur, je ralentis. Je ne me sens pas obligé de forcer ma nage.

Après le Défi de Monte-Cristo, quelles seront vos prochaines traversées ?

Une semaine après le Défi de Monte-Cristo, je partirai en Espagne pour relier l’île de Saint-Simon, où a eu lieu la bataille de Rande, à la baie de Vigo, dans une eau à environ 16 degrés. Ensuite, je pars en Sicile pour un départ de l’île des femmes. ■

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