Le claquage des ischio-jambiers

En courant, vous avez ressenti une douleur derrière la cuisse. Il s’agit sûrement d’un claquage des ischio-jambiers. Comment évaluer la gravité ? Quels sont les principes du traitement ? Comment prévenir les récidives ? Existe-t-il des stratégies pour éviter cette blessure ?

Par le Docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport

 

En bas, les muscles ischio-jambiers s’accrochent sur le tibia et le péroné. Ils remontent à l’arrière de la cuisse pour s’insérer en haut du fémur et sur le bassin. Quand ils se contractent, ils plient le genou et étendent la hanche. Ils sont étirés dans la posture inverse : genou en extension, hanche en flexion.

Un claquage, c’est quoi ?

Lors de cette mise en tension, tibia et péroné emmènent la membrane qui entoure le muscle. Simultanément, les fibres musculaires tirent dans l’autre sens pour contrôler le mouvement ou initier le geste opposé. Ce travail de freinage porte le nom de contraction « excentrique ». C’est ce qui se produit lorsque vous accélérez et que vous lancez votre membre inférieur en avant. Les sprinteurs parlent de « griffé ». Dans ces circonstances, la jonction entre les fibres et l’enveloppe subit d’énormes contraintes. Il arrive qu’elle lâche et c’est la lésion musculaire ! Cette expression doit être préférée à « claquage » pour définir l’ensemble de ces blessures. En effet, le mot « claquage » décrit plus volontiers un stade de gravité.

Quels sont les stades de gravité ?

On définit 4 stades : l’élongation, le claquage, la déchirure et la rupture. Le stade 1 ou « élongation » correspond à la désunion des fibres et de la membrane. Il s’y constitue un petit épanchement à la manière d’une ampoule profonde. On guérit en 10 à 15 jours. Dans le stade 2 ou « claquage », l’enveloppe musculaire est distendue. La reprise du sport s’effectue après 3 semaines. Le stade 3 ou « déchirure » se caractérise par une entaille dans la membrane du muscle. Cette structure étant traversée par des vaisseaux, cette lésion s’associe à un saignement. Voilà qui en fait la gravité car l’hématome profond risque de former une croute fibreuse rigide et fragile, source de récidive. Il faut compter 6 semaines pour récupérer. Enfin, lors du stade 4 ou « rupture », la déchirure fait le tour de l’enveloppe. Les deux portions musculaires sont désolidarisées et se rétractent ! La cicatrisation s’effectue en position raccourcie et dure 6 semaines également.

Comment faire le diagnostic ?

En courant, lors d’un fractionné, en accélérant sur un terrain de foot, vous ressentez une douleur derrière la cuisse. Il peut s’agir d’une gêne qui ne vous empêche pas de continuer. Voilà qui est évocateur d’une élongation. Ce peut être plus invalidant et imposer l’arrêt progressif. On pense alors à un claquage. Parfois même, vous ressentez comme une corde qui lâche ou vous percevez un craquement. L’impotence est majeure et vous stoppez immédiatement votre course. Ces symptômes orientent vers une déchirure ou une rupture. Votre médecin du sport recueille ces informations et réalise quelques tests. Les premiers sont dits « fonctionnels » et s’effectuent en position debout. Vous avez mal quand vous balancez votre membre inférieur d’avant en arrière et lorsque vous faites des « talons fesses » en trottinant sur place. Alors que vous êtes allongé, vous souffrez au moment où votre docteur lève votre jambe en gardant le genou tendu. Vous ressentez des douleurs quand votre médecin vous demande de plier le genou et que celui-ci résiste. Enfin, il retrouve la zone sensible en palpant l’arrière de votre cuisse. Pour confirmer le diagnostic et quantifier les lésions, une échographie est parfois prescrite. Elle visualise les « tissus mous ». On y voit les fibres musculaires, les membranes, les suintements et les hématomes. Cette technique a parfois du mal à analyser les lésions profondes, loin de la peau. Une IRM est alors envisagée quand les images échographiques semblent bénignes mais que la gène est importante.

Comment soigner ?

Dans un premier temps, il faut limiter le suintement et le saignement. Le principe initial de traitement répond à l’acronyme GREC comme : Glace -Repos-Élévation- Compression : le froid ferme les vaisseaux ; le repos évite le tiraillement de la zone lésée ; l’élévation, cheville plus haute que la hanche, permet le drainage ; la compression avec un bandage circulaire limite le passage de liquide dans le secteur de la blessure. Cette stratégie n’est valable que quelques jours. Rapidement, il est recommandé de faire fonctionner le muscle juste sous le seuil douloureux. En l’absence de sollicitation, la cicatrice formerait un magma aux fibres enchevêtrées. À la manière d’une gerçure, elle craquerait lors de sa remise en tension. À l’inverse, faire travailler le muscle progressivement permet d’orienter les fibres dans l’axe des contraintes. On parle de « mécanisation ». De plus, l’alternance de contraction et de décontraction du muscle exerce un effet de pompage qui draine l’hématome et le suintement. La kinésithérapie précoce est  incontournable. Initialement, elle est douce puis s’intensifie progressivement. Elle inclut des étirements et du travail excentrique. C’est vrai, ce dernier reproduit le mécanisme traumatique : la membrane part dans un sens, les fibres tirent dans l’autre. C’est pour cette raison qu’il assouplit très efficacement la cicatrice. Afin d’avoir un effet « mécanisant » sans être « lésant », le geste doit être réalisé lentement. Dans ces conditions, les fibres ont le temps de s’orienter parallèlement à la traction. Ce n’est qu’en fin de protocole que le mouvement peut s’accélérer pour retrouver, sans hypocrisie, les contraintes de terrain. Il faut aussi restaurer une bonne force de freinage. Cette dernière a pour mission de s’opposer à l’énergique contraction du quadriceps, le muscle situé en avant de la cuisse. Si elle n’était pas suffisante, les ischio-jambiers seraient violemment étirés et pourraient se déchirer. Tout se passe comme si la force excentrique des ischio-jambiers permettait leur autoprotection. Cicatrice souple et freinage puissant sont indispensables car, la principale complication de la lésion des ischio-jambiers, c’est la récidive !

Comment garder la forme ?

Dès le lendemain de votre blessure, entretenez votre condition physique. Au tout début, pratiquez des sports ne sollicitant pas les membres inférieurs. Nagez avec un pull buoy. En salle, faites du vélo à bras. Dans ces deux pratiques, vous pouvez atteindre 70 % de votre puissance cardiaque. Pour travailler le coeur en douceur, enchaînez, sans faire de pause, différents exercices de musculation des bras et du buste. Utilisez des charges légères que vous pouvez soulever 30 à 40 fois. Rapidement, sollicitez vos jambes ! Vous savez que quelques contraintes ont plutôt des vertus mécanisantes. Veillez à ne pas tirer sur la cicatrice. Évitez les contractions excentriques. Le vélo est idéal. Quand vous pliez la hanche, vous pliez aussi le genou : les ischio-jambiers ne sont pas sous tension. Vous ne faites que pousser, il n’y a pas de freinage. Progressivement, passez au stepper ou à l’elliptique. Le geste est un peu plus contraignant mais il se rapproche de la course. En l’absence de douleur, augmentez les intensités et faites du fractionné. Alors que vous vous entraînez énergiquement sur ces appareils, il est souvent possible de trottiner ! Voilà qui contribue à la « mécanisation ». Peu à peu, allongez la foulée. Restez en dessous du seuil douloureux. Bientôt, utilisez la course pour l’entraînement intensif ! Vous êtes coureur de fond ; vous avez récupéré ! Vous faites du foot ou du tennis, il vous reste quelques étapes. Intégrez progressivement de vives accélérations, des sprints puis des blocages ! Vous êtes guéri !

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Quelle prévention ?

Pour limiter le risque de claquage des ischio-jambiers ou éviter les récidives, quelques exercices réguliers sont conseillés. Ce sont des muscles fragiles. Ils sont contraints de s’opposer à la puissante contraction du quadriceps. Il faut les renforcer !

Exercice 1

Le premier consiste à s’allonger, à poser les talons sur l’assise d’une chaise puis à monter le bassin. Il est indispensable de ralentir la descente, car c’est en freinage qu’ils assument leur mission et qu’ils s’abîment. Multipliez les répétitions jusqu’à ce que la cuisse brûle. Variez les séries. Faites l’exercice avec 1 et 2 jambes. Modifiez l’angle formé par le genou. Posez une charge sur votre bassin.

Claquage des ischio-jambiers exercice 1 - SanteSportMagazine 42 - Illustration Mathieu Pinet

Exercice 2

Mettez-vous à genoux. Un partenaire tient vos mollets. Basculez lentement en avant. Les ischio-jambiers freinent votre chute. Quand vous n’y arrivez plus, laissez vous tomber et amortissez avec les mains. Effectuez 6 à 15 répétitions. Cet exercice intensif a démontré son efficacité préventive.

Claquage des ischio-jambiers exercice 2 - SanteSportMagazine 42 - Illustration Mathieu Pinet

Exercice 3

Au sein de la membrane musculaire, les fibres constituent des chevrons. Quand on les étire, on gagne en longueur mais on perd en élasticité. Le stretching est contre-indiqué à l’échauffement. En revanche, les allers-retours restituent la structure tissulaire efficace. Faites des mouvements de balancier ! Gagnez progressivement en amplitude !

Claquage des ischio-jambiers exercice 3 - SanteSportMagazine 42 - Illustration Mathieu Pinet

Exercice 4

À distance des entraînements, faites des assouplissements. Une membrane musculaire plus ample, des fibres plus nombreuses résisteront mieux à la mise en tension. Assis au sol, un genou fléchi, un autre tendu, penchez-vous en avant. Conservez la posture 30 secondes. Une fois le muscle relâché, gagnez en tension pendant 10 secondes. Vous tirez sur les enveloppes et vous gagnez en souplesse.

Claquage des ischio-jambiers exercice 4 - SanteSportMagazine 42 - Illustration Mathieu Pinet

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