Chantal Langlacé alias Marathon Woman

Chantal Langlacé compte parmi les femmes pionnières de la course sur route. En 1973, elle participe, incognito, à la course Sedan-Charleville, longue de 24 kilomètres. Au cours de ces années 1970, elle enchaînera plusieurs records. Aujourd’hui, elle cherche à battre le record sur marathon dans sa catégorie, « vétéran ».

Par Gaëtan Lefèvre

 

Marathon Woman est le nom donné par le magazine L’Équipe, en 1977, à Chantal Langlacé. Cette année-là, elle bat pour la deuxième fois le record féminin du monde au marathon d’Oyarzun (Saint-Sébastien, en Espagne) en 2 heures 35 minutes et 15 secondes. En 1974, elle avait déjà réalisé la performance mondiale à Neuf-Brisach avec un temps de 2 heures 46 minutes 26 secondes. Chantal est une femme de record puisqu’elle réalisera plus tard, en 1980, celui du monde femme des 100 km en 7 heures 27 minutes 22 secondes. Et l’âge n’arrête pas la marathonienne. À plus de soixante ans, elle continue de courir. Elle cherchera même, au marathon de Paris 2017, à battre le record de sa catégorie en descendant au-dessous des 3 heures et 2 minutes. Elle court, mais elle s’investit aussi dans son sport. Jusqu’en 2014, elle organise la course « l’Amiénoise ». Malheureusement, cette dernière disparaîtra lorsque la championne, pour la première fois, devra abandonner par manque de soutien politique et de dialogue avec la Ville.

Comment s’est déroulée votre rencontre avec la course à pied ?

J’ai démarré à l’école. À l’époque, on faisait beaucoup de sport en primaire et au collège. Mon professeur d’éducation physique m’a repérée. Il m’a amenée dans son club. Là, j’ai rencontré un groupe d’athlètes qui pratiquaient plutôt la course de fond. J’avais 13-14 ans. Ma première course a été Sedan-Charleville, sous le nom d’un garçon. Ça a démarré comme cela !

À quel âge et en quelle année avez-vous participé à votre premier marathon ?

À 18 ans ! Je l’ai couru en 3 heures 10 minutes. À cette époque, nous défendions la course pour les femmes. C’était le « mouvement Spiridon ».

Chantal Langlace jeune santesportmagazine

Le marathon n’était alors pas olympique et s’ouvrait tout juste aux femmes. Quelles étaient les explications données à l’époque, pour interdire aux femmes de courir ?

Les médecins et les organisateurs de course disaient qu’il était dangereux pour une femme de courir. Qu’elles n’étaient pas faites pour cela. Que musculairement, elles ne pouvaient pas courir sur une distance si longue. Le 800 mètres était la distance la plus longue que les femmes pouvaient effectuer. Mais réellement, il n’y avait pas de raisons particulières.

Dans les années 1970 et 1980, comment vous entraîniez-vous ?

J’avais deux entraînements par jour, avant et après le travail. Nous travaillions la VMA et l’endurance sur des sorties plus longues, d’environ 30 km. Je courais un maximum de kilomètres. J’avais de bons entraîneurs, qui nous faisaient faire des séances courtes et des séances longues, ainsi qu’une séance de PPG (préparation physique générale) par semaine.

Et concernant votre alimentation…

L’alimentation était un sujet moins présent qu’aujourd’hui. Nous faisions tout de même attention, notamment à manger équilibré. Il n’y avait pas tous ces artifices tels que les gels, etc. Nous étions moins dans une société de consommation. Sur les courses, on mangeait surtout des bananes et du raisin.

Les techniques d’entraînement aujourd’hui sont différentes…

Aujourd’hui, on fait beaucoup de séances de travail « au seuil ». Je ne suis pas trop une adepte. Ces entraînements usent beaucoup les coureurs. Peut-être y a-t-il eu une évolution physiologique ? Sinon, c’est globalement la même chose. Les coureurs sont plus professionnels aujourd’hui. (Chantal Langlacé n’a jamais été professionnelle. Professeur d’éducation physique et sportive, elle a pratiqué jusqu’à sa retraite.)

Vous avez aussi couru, en 1980, un 100 km…

Oui. Cet événement était organisé près de chez moi, à Amiens. Je me suis alors dit : « Pourquoi ne pas essayer. »

Vous êtes-vous souvent blessée pendant votre carrière ?

J’ai juste eu une rupture du tendon d’Achille. J’avais 25 ans. À l’occasion du cross du Touquet. Je n’ai pas écouté mon corps et j’ai insisté sur une douleur. ♦

Chantal Langlace odlo run santesportmagazine

ODLO CRYSTAL RUN

La course parisienne qui se déroule au cœur de l’hiver revient pour la deuxième édition le 12 février 2017. Sur une distance de 10 km, elle promène les coureurs entre l’Hôtel de Ville, les quais de Seine et la tour Eiffel. Un parcours à faire rêver les touristes ! Par une température glaciale, elle se termine par un after digne de vacances au ski avec fondue, tartiflette, etc. Toujours au centre de l’univers de la course à pied, Chantal Langlacé avait été marraine de la première édition.

FREE TO RUN

Torse nu et cheveux longs, en short court et large avec de simples chaussures de running, il court à travers les bois. Sans artifice. Pas de montre ni de cardiofréquencemètre, pas de sac à dos ni de poche d’eau, pas de gels ni de boisson isotonique, pas de manchon de compression ni de collant, ce style de course est simple et minimaliste. Et pourtant, seules quelques dizaines d’années séparent ce coureur du runneur moderne, si l’on peut l’appeler ainsi. Mais ces années ont vu de nombreux bouleversements. La société a changé : libération des mœurs, acceptation du corps… et le course à pied de même. Voici ce que raconte Free to run de Pierre Morath. Le film commence dans les années 1960, à une période de rupture dans l’univers de la course à pied. Alors que le mouvement « Peace and love » vit ses heures de gloire aux États-Unis, notamment avec le festival de Woodstock, d’autres personnages illustrent ces pensées de liberté, d’amour et de retour à la nature : les coureurs. Les coureurs hors stade plus précisément. À cette époque, seuls les « excentriques », les « fous » ou les « farfelus » pouvaient courir en dehors du cadre des stades. C’était à la fin des années 1960 ! Les coureurs étaient vus comme des bêtes curieuses, des extraterrestres. Ils étaient des marginaux, des rebelles, qui bravaient le regard des badeaux, affrontaient la fédération qui interdisait les courses hors stade et s’opposaient à des codes de sociétés archaïques. Kathrine Switzer illustre parfaitement cette époque. Considérée comme l’une des premières femmes à avoir couru un marathon avec un dossard, elle a dû se battre contre les mœurs et les règles de son époque. La NCAA, fédération d’athlétisme américaine, interdit alors aux femmes de courir sur des distances aussi longues que les marathons. Dans les années 1960, les femmes qui participent aux J.O. courent uniquement sur 800 m. À partir des années 1970, elles auront le droit de courir sur 1 500 mètres. Des distances plus longues ? Impossible ! Tous les arguments sont bons : le corps d’une femme ne pourra pas tenir sur une distance aussi longue, courir est incompatible avec la beauté pour une femme… Malgré cela et grâce à l’aide musclée de son compagnon, Kathrine Switzer bouclera ses 42,195 km, et marquera les esprits. Ces images, qui choquent aujourd’hui, Pierre Morath les a sorties de leurs archives.

Free to run couvre une période importante pour l’univers du running. Une pratique qui a suivi l’évolution des mœurs des sociétés occidentales. De la contre-culture à la pratique de masse, des stades aux rues, de la compétition à la liberté, découvrez ces années charnières dans l’univers du running.

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DVD Free to run : 19,99 €

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