Prothèse de hanche et ultra-trail: est-ce possible?

Prothese de hanche ultra trail

Le docteur Marc Raguet est chirurgien du sport et ultra-traileur. Bon nombre de ses patients sont des coureurs passionnés. Certains n’ont pas suivi les conseils de modération donnés habituellement après la pose d’une prothèse de hanche. Ils ont repris l’ultra! Ont-ils cassé ou usé prématurément leur prothèse?

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport

L’étude de Marc Raguet a consisté à suivre sept patients rebelles aux recommandations de la littérature médicale. Deux d’entre eux ont même une prothèse de chaque côté. À l’issue d’un recul moyen de huit ans, les ultra-traileurs avaient parcouru 23 000 kilomètres en moyenne avec leur prothèse. Le record était de 60 000 kilomètres! Seules deux prothèses se sont descellées. L’une à cause de chutes à répétition, à l’occasion de parcours très techniques. L’autre après un challenge de 2 500 kilomètres en 40 jours. Les deux sportifs ont bénéficié d’une nouvelle opération avec changement de prothèse. Ils ont repris l’ultra-trail au même niveau! Le docteur Marc Raguet rappelle que les consignes d’usage ne sont pas le fruit d’études mais la synthèse de l’opinion de chirurgiens experts. Pour ces derniers, la course fait partie des activités « non recommandées »,  voire « contre-indiquées ». Comme souvent, les patients indisciplinés font progresser les médecins du sport. Notre chirurgien ultra-traileur conclut que la «course hors norme» est possible avec une prothèse de hanche. Comme pour le sédentaire, un examen clinique et une radiographie sont nécessaires chaque année, surtout chez ces patients habitués à souffrir en courant. Découvrons ensemble le fonctionnement d’une prothèse de hanche et voyons les dernières innovations qui ont permis d’obtenir d’aussi bons résultats.

Pourquoi une prothèse?

Les prothèses de hanche sont indiquées quand l’arthrose de cette articulation est devenue trop douloureuse. L’arthrose, c’est l’usure du cartilage. Le cartilage, c’est la substance lisse qui recouvre les os au niveau des articulations. Cette matière détient des propriétés de glissement et de roulement exceptionnelles. On pourrait la comparer au revêtement situé au fond d’une coquille d’huître. Au microscope, on y voit de petites cellules empilées les unes sur les autres et entourées de gélatine. Il est d’usage d’affirmer  que le cartilage ne se répare pas car les cellules sont incapables de se multiplier. Lorsque vous commencez à souffrir, on conseille de faire de la rééducation pour entretenir la force et la mobilité. Si vous êtes sportif, le vélo et la brasse sont vivement indiqués. En revanche, la course à pied reste controversée; le message habituel  suggère la modération, voire la contre-indication. En complément  de cette prise en charge mécanique, des «protecteurs du cartilage» sont les bienvenus, ils participent à la reconstitution de la gélatine enrobant les cellules. Les plus connus sont la glucosamine, la chondroïtine et la silice. Quand l’inflammation dégrade la hanche, une infiltration peut être proposée. Pour lubrifier l’articulation, il est possible d’y injecter de l’acide hyaluronique, on parle de «visco-induction». Lorsque l’ensemble de ces stratégies ne parviennent plus à vous soulager dans la vie quotidienne, une prothèse totale de hanche ou PTH peut être indiquée. En théorie, la reprise du sport ne constitue pas une indication. En pratique, si les suites opératoires sont faciles, vous aurez l’opportunité de trottiner!

Une prothèse, comment ça marche?

L’articulation de la hanche relie le fémur, l’os de la cuisse, au bassin. Le premier est surplombé d’une sphère: c’est la tête fémorale. Le second est creusé d’une cavité où vient s’emboîter la tête fémorale. Votre chirurgien retire ces deux morceaux dégradés par l’arthrose. Il les remplace par deux pièces prothétiques de forme voisine. Celle correspondant au fémur est prolongée d’une longue queue qui se bloque dans le cylindre de l’os. Celle du bassin a une forme de saladier dont la périphérie est impactée dans l’os.

En théorie, ce montage peut s’user. Le roulement de la bille dans la cavité produit des microparticules. Les globules blancs arrivent pour les digérer et cela engendre une inflammation tout autour de la prothèse. Les zones d’adhésion entre le matériel prothétique et l’os sont grignotées. La prothèse finit par se desceller, elle bouge et devient douloureuse. Il faut la changer! Parfois, en cas de chute, l’os se casse au fond de la cupule ou autour de la queue. Là encore, une reprise chirurgicale complexe s’impose. Afin de ne pas être amené à changer la prothèse, deux stratégies s’associent. Premièrement, on tente de repousser au maximum le moment de la première intervention, histoire de finir son existence avec une seule opération. Deuxièmement, on limite les activités avec la prothèse afin de ne pas l’user! Heureusement, ces conduites médicales n’ont plus lieu d’être. Les prothèses sont désormais beaucoup plus solides grâce à plusieurs innovations techniques! Voilà une bonne nouvelle pour les sportifs!

Innovations techniques pour les sportifs!

À force de recherches, les laboratoires ont trouvé des pièces prothétiques presque inusables. Alors qu’autrefois une tête en métal pivotait dans une cupule en plastique, on parvient maintenant à assembler un couple céramique / céramique. Désormais, les frottements sont quasi inexistants! Finis, les copeaux microscopiques qui faisaient le lit du descellement. Et la céramique est devenue suffisamment solide pour ne plus se casser net en cas de chute. Depuis quelques années, les outils chirurgicaux permettent de passer par l’avant de la hanche pour mettre la prothèse. Les abords postérieurs obligeaient à couper les puissants muscles fessiers puis à les réinsérer. La récupération était plus longue. De surcroît, cette voie favorisait les déboîtements postérieurs de la prothèse. Les avantages de la voie antérieure sont multiples. Aucune section musculaire! Le chirurgien se contente d’écarter les muscles. Notez cependant qu’il dispose de moins de place pour intervenir, le geste technique est plus délicat et nécessite un peu d’entraînement. La luxation est devenue exceptionnelle. De fait, la reprise de vos activités est plus rapide et plus sûr. Vous marchez le lendemain de votre intervention. Vous prenez les escaliers le troisième jour. Vous trottinez à deux mois, vous courez à trois mois. Actuellement, votre prothèse peut être réalisée sur mesure. Le chirurgien demande un scanner qui analyse en 3D la forme de votre hanche et le prothésiste s’y conforme rigoureusement. Les soucis d’autrefois ont disparu. Vos jambes ont exactement la même longueur. Votre pied est rigoureusement orienté dans l’axe de la marche. De surcroît, l’emboîtement des deux pièces prothétiques est parfait. Les contraintes sont harmonieusement réparties sur toutes les surfaces articulaires. La céramique ne devrait vraiment pas s’user. Alors, soyez rassuré, si autrefois on ne posait pas de prothèse avant 65 ans, désormais il est possible de réaliser cette intervention à partir de 45 ans. Opéré plus tôt, vous vous démusclerez moins, vous garderez une bonne mobilité, vous resterez en forme et vous pourrez reprendre rapidement la course à pied… sans oublier le vélo, la natation et le cardiotraining en salle. Un entraînement varié et croisé reste encore le bienvenu!

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